LA FRANCE ET L'ANGLETERRE
ordres sur chaque point en observant le môme ordi'e que l'on a *iiivi dans cptto instruction.
Plua la cour do Vienne a paru alarmé» dos alliances qu'elle a vu le Roi ooni racler avec l'Angleterre et la Hollande et de celles qu'elle soupçonne avoir été prises aussi avec le roi de Prusse, plus Sa Majesté regarde ces mêmes alliances comme nécessaires
Liu bien de son service. L'expérience a fait connoître jusqu'à présent l'utilité de l'union qui subsiste entre le Roi et le roi d'Aujarleterre, et comme Sa Majesté est dans la disposition d'en resserrer les nœuds de plus en plus, on sorte que les ministres de l'Empereur ne puissent pas espérer de les rompre, il faudra que dans toutes les affaires qui pourront intéresser également le
^Roi ri le roi d'Anit^lelene. et qui auront rapport à leurs cnçagomenls communs, le sieur duc de Richelieu observe d'agir toujours de concert avec le siour de Saint-Saphorin, ministre du roi de la Grande-Bretagne'. Il sentira ai.sémenl qu'indépendamment de l'avantage qu'il y a Je puroUre toujours unis do sentiments et d'inlérôls. il est impurlanl que surtout dans les affaires dont la discussion peut ne pas être agréable à la cour de Vienne, comme ce qui regarde les intérêts du roi d'Kspagne ou de l'infant don Carlos, le ministre de Sa Miijcsté n'ait pas I»?* démérite de parler seul. Ce concert peut même influer heaui'0U[) sur le succès des choses qui seroienl particulières k la France; mais il deviendra d'auUml plus nécessaire chaque jour que le moment approchera où l'on aura plus d'affaires k discuter avec les ministres de l'Empereur. Le sieur ambassadeur doit d'ailleurs leur faire connoître dans toutes les occasions que Sa Majesté et le roi d'Angleterre sont résolus d'agir dans le plus parfait concert sur toutes les choses(jui pourront regarder l'exécution et le maintien des traités qui doivent être regardés comme la base et le fondement de la tranquillité publique. Ce qui s'est passé au congrèsdepuis le mois de décembre 1723' est une suite de cette disposition commune Roi et au roi de la Grande-Bretagne.
1. SoiaM d« naiBsanc«, M. de Saiat-Saphorin était ministre d'Angleterre h
S. •• C« congrèa, oureri <>ti itiX, dura qiintre ans et ne fat rompu qu'en 1728. Oq y flt un beau règlement pour le cérëtnooial, pour la police et pour la cooduitti
Lorsqu'on eut aplani les difficultés qui furent faites d'abord par les ministres de PEmpcreur sur la rcconnoissance «le la médiation «hiSa Majesté etdu roi d'Angleterre, sur la manière de dresser et de publier le rê|,^leineul de police, enfin sur les pleins pouvoirs. les demandes furent remises réciproquement aux ministres médînleurs. L'onvil l'Empereur prétendre la grande maîtrise do la Toison, demander à conserver tous les titres qu'il avoit, et que le rni d'Espagne quiltAt ceux des États qu'il ne possédoit jms. en&u presser le roi d'Espagiio do rendre aux Aragonois, Catalans, etc., leurs anciens privilèges; mais l'on ne comptoît pas que le roi d'Espagne piil jamais renoncer à la g^rande maîtrise de l'ordre de la Toison, que l'on éloit persuadé qui apparleuoit à ce prince comme successeur de Charles II. L'on n'cstimoil pas au reste que la demande de l'Empereur sur les titres fût équitable ; enfin l'on ne croyoit pas que le roid'Espagne pût écouler celiequi regardûil les Catalans et Aragonois, non seulement parce que c'éloit une affaire qui regardoit le gouvernement intérieur de l'Espagne, mais encore parce que Ton n'avoit rien à prétendre h cet égard da Roi Catholique depuis qu'il avoit consenti que ces provinces ialidèles eussent les mêmes privilèges dont jouissoient les deux Castilles. D'un aulre côté l'on ne Irouvoil pas les demandes du roi d'Espagne toutes également conformes à l'esprit d'équité, et l'on croyoit iurcii projinsant des expédients sur les demandes rpfiproques on poiirroit parvenir à laeoncîlialîon ; mais l'on n'a eui'ore jusqu'à présent que do foiliîes es])éraiict!s du succès de cetle nL'£f>cialion sur laquello les parlies réciproquement n'ont paru disposées h admettre aucun tempérament, mAme sur les autres demandes moins importantes qui ont été faites en même temps-
des domestiques. L'Espag;ae y fit des propoeitions qui réToUèrent les Impéritut : la France et l'Angleterre, qui faisoienl le rôle de médiateurs, eurent hetoio i* louto leur péaétratiou et de la prudeuce de leurs ministres pour retenir ceui J« rEtnjiereur et du Roi Catholique, ù tous moments prêts à partir, et entin toutes IfW peines n'aboutirent à rien, parce que le roi d'Espagne resta ferme et que TEraprcuf ae voulut rien céder au delà de ce qui étoit stipulé dans la t^uadruple AUiunc'.'t comme Sa Majesté Impériale persisia toujours dans la résolution d<» panier /''•''* d*' Roi Catholique et de créer des rhevaliers de la Toison d'or, il fui iniposs)Wc«« trouver des expédients pour les reconcilier sur ce» deux articles. L«» peu deroiii»rences que l'on tînt ii l'Hôtel de Ville se passèrent en disputes ou en cofirtûti""* poui' s'accorder des délais réciproques, a J. Roosset, op. cit., I, p. 307.
Les inlérùts «lu duc de Parme ' ont fait naUn» de nouveaux
iMtai'k*» au succès de lîi nrj^^fjcialinu vi oui encore mieux fait
onnoUrc la difficulté qu'il y auroit à concilier les cours do Vienne
de Madrid.
Peu après ijue les niitiif^lres iri-lsijaîciio mirent remis leurs
iremii*res demandes, ils dormereni aux médiateurs celles du ànc.
de Parmoqu'ils avoioul signées. Elles éloienl conçues de nuinîère
que les choscâ les plus justes et les plus relatives au traité de
Londres éloienl ctmfonduos avec des prétentions anlérieures cl
étrangères à ce même traité, eu sorte que Ton craifi^uit dès lora
que cette méthode affectée ne donnûl aux ijlénipotenliaires de
l'Empereur un prétexte de refuser les demandes les plus justes.
L'on eu représenta les conséquences aux plénipolentiuires du roi
'Espagne: mais comme ces représentations furent inutiles, on
mil aux ministres de l'Empereur le mémoire de ces demandes
à pi»u près comme il avoil été dressé. L'événement ne justifia que
top le jugement que l'on avoit porté : ils les lurent et dirent qu'il y en avoit aucune qu'ils pussent écouler. Ils îijoutèrent même que l'Empereur n'avoit rien à discuter au congres avec le duc de Parme qui pouvoit, s'il avoil sujet de se plaindre, s'adresser à Vienne directement. Enfln ils allèrent jusqu'à prétendre que dès présent les EUits de Toscane et de I*arme étoient des fiefa masins de l'Empire.
Il éloit dangereux de laisser établir de pareils principes; on eorobattit aussi par une infinité de raisons dont le détail seroit p lonjf. Mais comme il falloit pourvoir d'une manière solide? X suite» que ces principes pouvoient avoir et assurer In possession du duc d«> Parme aux termes du traité de Londres, l'on a demandé h ce prince le mémoire des innovations faites à son préjudice depuis le i août 1718, jour auquel le traité de Londres a ■i^é, dans le dessein do le remettre aux ministres de PEmpcà Cambrai et à Vienne; ot en même temps les Hoismédia-
t. L«« r^eUmiaioiui du duc de Parme 4Uii«nt relatitrei aax droit* de supériorité kl« pr^tondait l'Empire. Lu France et l'Ëspn^ne BVtaieal engagées à les aou' Mtick V du trait/> lio Mtidrid du 27 raar« 1721. — Voir dan» J. Rûcs^bt, IV, « Article» des demandc-i de M. le duc de Pnrtno que» lot puiMADOM méiUcwoat couveaue* d« touieair au congrès de Cambrai, s
leurs ont dipss/* un projet de ^^arantio ronlenanl la manière doiil ils estimojent que la possession du duc de Parme dcvoil èlrc mainlenue conforméraenl k un décret de l'empereur Léopold Ac. Tannée 1697; Sa Majesté fait joindre ici la copie de ces différenlpis pitres. Plusieurs rîrroiiHlatires inutiles ù rinslructioii du sieur duc de Hicholieu ont empêché qu'il n'en ait été fait usage jusqu'à présent, et Sa Majesté remet à lui donner ses derniers ordres k cet égard par les premières dépêches qu'elle lui écrira.
Sa Majesté n'entrera pas non plus dans le détail de ce qui regarde reséculion de la partie de Farlicle V du traité de Londres concernant l'entrée des £^arnisons suisses dans les places de Toscane el de Parme', elle diffère à uu autre temps à lui donner des instructions précises que les circonstances et l'incertitude du plan qui regarde cet article ne lui permettroionl pas encore de lui remettre.
Quand même ce qui regarde les intérêts du duc de Parm*» seroit terminé à la satisfaction des Rois médiateurs, ce ne seroil peut-être pas une raison d'espérer que l'on parvint également à terminer les autres allaires qui doivent être <iiscutées au congrès; et s'il étoit permis de porter un jugement sur un évén^ ment à venir, il y auroit plutôt lieu de croire que cette assemblée 80 sépareroîl sans succès. Dans ce cas-là, il seroit important d'avoir attention : 1' à ce que le blâme de cette séparation infructueuse ne tombât point sur les Rois médiateurs ; 2" à ce que le» ministres de l'Empereur ne fussent pas dans l'erreur de croire que leur maître seroit par là libéré des engagements portés par le traité de Londres.
A l'égard du premier point, l'on pourroit penser que le* ministres de l'Empereur ont songé à se ménager les moyens d« rejeter sur les Rois médiateurs la dissolulion du congrès, lorsqu'ils leur ont demandé de proposer un plan de traité équitable dans le temps que l'on n'avoit encore discuté aucune des matière qui en dévoient faire partie, dette proposition parut en effet cm,^ lieuse en elle-même; elle sera cependant une de celles sur 1
1. Cet article accordait ù don Ciirlos l'investiture êvenmelte de» duchés, f^-^ assurer t'exécutiou de cette clause, il était convenu que les cauious suisses ooci^sraient, avec 6,000 hommes, Livourne, Forto-Perrt^o, Farme et Fiaisanoe.
ÎNGRlfeS DE CAMBRAT.
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quelles les ministres de TEoipereur appuieront lo plus avec le sieur rluc de Richelieu pour faire connoitre qu'il n'a pas dépendu d'eux que les aiïaires n'aient tourné plus heureusement; mais il sera tkïnù au sieur amhassadeur de leur faire connoître que non si^ulemenl toutes les difficultés qui ont accompagné l'ouverture du congrès et les ohstaclf» que Ton a rencontrés h la juste satisfaction du duc de Parme, n'ont pas pu faire supposer que les intentions des plénipotentiaires de l'Empereur fussent aussi droites qu'il eût été k désirer; mais que même il n'étoil pas possible de se rendre à la demande qu'ils avoienl faite d'uji plan d© traité, dans le temps que Ton étoil encore dans une entière obscurité sur les intentions et les dispositions de la cour de Vienne. Pour ce qui est du second point, il est vraisemblable que les ministres de TEmperenr «près la dissolution du congrès, si elle arrive, essaieront d'établir que le traité de T-.onilres est un ouNTage imparfait et dont les stipulations évenltielles no pouvoient avoir de force qu'aiitant que le traité de Cambrai y auroii mis la dernière main. Les ministres de l'Empereur ont souvent laissé échapper à Cambrai des discours qui tendoient h établir cette supposition comme une vérité. L'on n'a pas cru devoir aflccler de les relever sans nécessité; mais les mêmes ménagements seroient dangereux désormais; et c'est par cette raison principalement que le sieur duc de Richelieu doit s'attacher à faire connoitre en toutes occasions que le Roi ot le roi d'Angleterre regardent le traité do Londres comme un ouvnige dont l'exécution est indépendante du succès de la négociation do Cam- /iRii, cl que les Rots médiateurs sont résolus de maintenir ce traité et de s'opposer à tout ce qui pourroit être entrepris au c^on traire.
Comme il est nécessaire que le sieur duc de Richelieu aoîl •in.Htnrit sur toutes les affaires qui peuvent être traitées à Vienne, $^a Majesté lui fait remettre nii mémoire concernant la mouvance ^u Hef de Sienne. Ce lief, qui étoil originairement une république iîbre. fut .soumis en 1554 .'i Charles-Quint, qui en investit Phî- 1 îppe II et »ea successeurs rois d'Espagne pour on sous-inféoder ^ui ils voudroient. Philippe II en sous-inféoda en conséquence Clôme I", duc de Florence, et depuis les rois d'Espagne ont tou-
LE DUC DE RICHELIEU. i725.
jours joui de ro dnmaini' iliivr.t. L'Empereur 8'él«iil <i|nirts| depuis peu ù ce que ï'hilippe V exerçât ce droit et ayant priJtt'udu Texprcer lui-môme, les Rois médiateurs ont porté les parties réciproquemenl à consentir de ne point conférer l'investiture de Sienne; mais comme il pourroit arriver des temps oi'i la cour de Vienne renouvelleroit ses prétentions, et <|ue cette a liai re seroit discutée encore pendaiil. le séjour du dur de Richelieu ii Vienne. il faudra que. dans ce cas, il s'explique avec les ministres de riùiipereur sur le fondement des raisons contenues dans \f mémoire ri-joint et qui suflisent n son instruction à cet égard.
Ouel que puisse être le succès de la négociation de Cambrai que Foii vient de traiter, le sieur duc de Richelieu sait qu'il est souvent de rhalulelé, lorsqu'une négociation est abandonnée sans succ'es. de l'entretenir par quelque branche qui, si elle ne mèue point h rentrer on matière sur les points principaux, empêche du moins qu'on ne se croie hors de toutes mesures. Cette conduilfl sera plus importante encore dans la conjoncture présente, ou après la dissolution du congrès, si elle arrive ; ceux de la cour de Vienne que l'on sait qui ont toujours désiré la guerre, ne mauqueront pas de suggérer à l'Empereur des prétextes de former des projets qui tendroient k troubler la paix. Dans cette vue il faudroitquê, sans entrer davantage en matière, le sieur duc de Richelieu laissât échapper sans affectation qu'il eût été bien à souhailtîr que l'on eût pu convenir à Cambrai des affaires qui dévoient faire l'objet du congi'ès, mais qu'enfin souvent les négociations qui n*ont pu réussir d'abord se relèvent et sont quelquefois après conduites et terminées avec succès. Le sieur duc de Richelieu pourra joindre, comme de lui-même, à ces insinuations générales les autres discours qu'il croira propres à faire penser aux ministres de l'Empereur que les Rois médiateurs ne seroient pas éloiiîiiés de remettre sur le tapis, s'il y avoit quelque espérance de succès, les affaires sur lesquelles on n'a pu jusqu'à pissent convenir, observant cependant de ne faire aucune démarcht* qui puisse inspirer des défiuuces à l'Angleferre en lui Inis^ni supposer que, pendant qu'elle est dans le point du plus grand élûignemenl de la cour de Vienne, l'on chercheroit de In part de Sa Majesté à s'en rapprocher.