TOSCANE
& eux à faire les premières ouvertures pour rentrer en commerce avec lui. On joint ici sur ce sujet une lettre du comte de Richecourt au marquis do Slainvillc, datée du 31 janvier dernier, afin que le sietir Blondel n^ignore pas les raisons alléguées, de la part dc8 ministres de celte régence, pour justifier leur procédé à l'égard du comte Lorenzi ; mais il y a lieu de juger qu'il n'en sera plus question lors de l'arrivée du sieur Blondel k Vienne, le marquis de Stainville. ayant assuré ici qu'il ôcriroit en Toscane, afin que les ministres do la régence fissent savoir au comte Lorenzi qu*il pourroit rentrer en correspondance avec eux; et Sa Majesté ayant fait écrire en même temps au comte Lorenzi que, sur cette invitation, il ne dcvoil faire aucune difficulté do faire A'isite aux ministres de l'Empereur, et môme qu'il ne paroissoit pas d'inconvénients à ce que, sans attendre do notification de leur part, il se prévalût de la déclaration faite ici par ïc marquis de Stain\illc qu'il pouvoit reprendre avec eux comme ci-devant sa correspondance.
Le marquis de Stainville ayant fait entendre, avant que l'expédition de celte instruction fût finie, qu'on avoit remarqué avec quelque peine à Vienne que le Roi n'eût pas accordé les litres de sérénissime et très-puissant dans la suscriplion de la réponse que Sa Majesté a faite à la lettre de notification de l'Empereur sur son élection à la dignité impériale/Sa Majesté, parles motifs expliqués dans une lettre écrite sur ce sujet au marquis de Stainville, le 15 de ce mois, dont copie sera jointe à la présente instruction, a bien voulu se conformer sur ce point aux désirs de ia cour de Vienne, ainsi que le sieur Blondel le verra par la sus-
iplion de ses lettres de créance tant à l'Empereur qu'à Tlmpé- Urice son épouse.
Il ne lui est point remis de lettre du Roi pour Timpératrice douairière, veuve de l'empereur Charles VI', parce que n'ayant pas de caractère [luhiic, et n'ayant aucunr atTaire à traiter avec cette impératrice, il ne sera pas dans le cas de demander d'être admis à son audience, ce qu'il ne doit pas cependant refuser si
1. « Ces raiBOQs n'ont pas empêche d'en remettre une &a lieur Blondel la veille •U ton départ de Pari^. »
on lui offroit de Vy conduire à la suite des audiences qa*il Aura de TËmpereur et de Tlmpératrice: et, en ce cas, il assurera cette impératrice douairière des sentiments de la plus parfaite estime, de la haute considération et de Tamitié sincère que le Roi a toujours conservés pour elle et dont Sa Majesté sera très-aise de lui donner, en toutes occasions, des témoignages distingués.
Le sieur Blondel sait que la dignité impériale étant élective ne donne par elle-même aucune prérogative dans l'ordre du cérémonial aux parents collatéraux de l'Empereur élu. Il aura attention de se conformer à cette règle s'il a occasion d'entretenir le prince Charles , frère de l'empereur, ou la princesse abbesse de Remiremont, leur soeur, ce qu'il ne doit point rechercher et qu'U ne doit pas non plus éviter avec affectation. Le prince Charles et l'abbesse de Remiremont n'ont aucun droit au traitement d'altesse royale que le marquis de Stainville a affecté ici de leur donner en parlant de leurs personnes et même dans des lettres et mémoires. L'intention du Roi n'est pas que ses ministres leur accordent ce traitement en aucune occasion ni même celui d'altesse sérénissime, qui, selon l'ancien cérémonial de la cour de Vienne, étoit donné aux archiducs fils de l'Empereur, et qu'on paroissoit regarder à cette cour comme égal à celui d'altesse royale, parce que les archiducs auxquels on le donnoit étaient fils d'empereurs rois de Hongrie et de Bohême. Le sieur Blondel observera donc d'éviter de se servir de ces traitements pour le prince Charles et pour la princesse sa sœur ; mais il peut les traiter d'altesse.
Sa Majesté a jugé ne devoir pas omettre do prévenir le sieur Blondel sur une difficulté de cérémonial qui s'est élevée à Stockholm au mois de mai de l'année dernière au sujet do la visite que le sieur Panin, ministre de Russie *, auroit dû rendre à M. de Lanmary à son arrivée à cette cour; il ne parut pas alors, sur le compte que cet ambassadeur en rendit, que la chose méritât d'être relevée de la part de Sa Majesté. Le sieur Panin suocédoit au sieur Korff ; les deux ministres de Russie, après avoir
1. Le comte de Panin, ne en 1718, ministre de Russie à Copenhague, puis à Stockholm en 1747 ; plus tard mininistre des affaires étrangères sons Cuherine II ; il mourut en 1783.
INFI.IT D'kTIOUETTIi AVEC LA RUSSIE.
idicnocs du roi do Siiî^do, l'un pour se congédier, et ir se faire admettre eu cette quiilité,se contentèrent do Ile sicurde Lunmary pendant qu'il ctoit à sa campagne, iTéloit de leur part manquer au cérémonial établi pour TPS du second ordre envers les ambassadeurs, le sieur nt m^ane omis de lui envoyer faire pari de son arrivée ire prévenir [»ur rapport à la visite qu'il se proposoit de [le marquis de Laumary jugea devoir paroUre ignorer jsenl présentés pour lui faire leurs visites de céréiptant que, après y avoir fait de justes réllexions, ils se roienl à la règle. Cependant le sieur Korlf partit de a. sans avoir réparé celle omission de sa part^ et le JB| croyant apparemment ne devoir pas en faire plus que jsl pas mis en devoir de faire au sieur marquis do Lanpsile qu'il lui devoit comme ministre nouvellement pockholm. Ce fut inutilement que le marquis de Lan- Gt insinuer qu'une première visite à un ambassadeur lus de cérémonie; et par cette raison il ne l'invita pas i qu'il donna au mois de novembre dernier aux sénaux minisires étrangers pour célébrer la naissance du Ueè, second fils du prince suc-cesseur de Suède'. Tout l|Bsadcur en auroil usé de même en pareil cas, el il y a exemples que, dans des circonstances toutes semblables, 1res du second ordre ont élé obligés de retourner chez Bdeurs pour y remplir le devoir de la visite dans toute la bérémonial. Le sieur Finek, entre aulres, élaul arrivé irn on qujiJilé de ministre d'Angleterre el ayant été voir do Sainl-Sévorin, ambassadeur de France, sans l'en enu, cet ambassadeur lui déclara qu'il ne recevoil celle pomme uu compliment de particulier à particulier, et ''inck ayant paru vouloir faire difficulté do lui reuoiiile eu forme comme minisire d'Anglelern*, loin d'être la cour de Londres, il eut ordre de satisfaire k la
8uAii«, FroJ^ric 1*', n'ayant |>ns d'enfonts, ]«•• États avaient, en lui Ruccédnr, AUolphc-PretK'ric de IloUtein. Ro» eu 1751, ce i«A t.oiiian-Utriqu«, Msiir d« Frédéric II, dont il avait eu, en 1746, OlIttAvo lit.
U. ou iMBTnUCT. OIPLOMAT.
visite de cérémonie au comte de Sainl-Sé vérin. Il faut appareil)ment que le sieur Panin ait exposé à la cour de Pétersbourg les choses ditréremment dans le compte qu'il y a rendu de ce qui s'est passé de sa part pour sa visite au marquis de Lanmary ; car il paroît, par Ui façon dont les ministres de cette cour s'en sont expliqués à ceux de France, h Bresde, à Londres et k Copenhague, qu'elle se croit en droit de demander que le marquis do Lanmary puisse par quelque tempérament, sans commettre son caractère , se rapprocher du sieur Panin. Le comte Bcstoucheir ayant dit expressément au marquis des Essarts ' h Dresde que sans cela l'impératrice de Russie ne sauroit désormais comment s'y prendre pour entretenir la bonne inlellig^enco entre ses ministres et ceux du Roi, et le sieur Korff ayant de même fait entendre au sieur Lemaire à Copenhague que le marquis de Lanmar}'. en imaginant quelque tempérament convenable pour se rapprocher du sieur Panin, cet expédient prévicndroit la sépai'atiou des ministres des deux cours en celles où ils se roncontrcroient : de sorte qu'au lieu que cY'toit au Roi à se plaindre de ce que le ministre de Russie à Stockholm n'avoit pas rendu les honneurs qu'il devoit à l'ambassadeur de Sa Majesté, il sembîcroit que la cour de Pétersbourg voudroit au contraire soutenir que c'est le marquis de Lanmary qui n'a pas rempli ce qu'il dovoil à l'égard du sieur Panin, son ministre, et qu'elle esl dans la disposition de prendre ce prétexte pour rompre tout commerce entre ses ministres et ceux de France dans les différentes cours de l'Europe. Le marquis de Lanmary a été approuvé dans le temps de ce qu'il s'étoit tenu à la rfeglo étroite à l'égard du sieur Panin, et depuis que le Roi a été informé do ce qui a été dit à ce sujet î\ ses ministres à Dresde, à Londres et à Copenhague, quoique avec des assurances que l'impératrice do Russie ne désiroit que d'entretenir la bonne correspondance et l'amilié avec la France, Sa Majesté a renouvelé ses ordres au marquis de Lanmary de n'entrer dans aucun expédient qui pût faire supposer qu'il auroit eu le moindre tort de no s'être pas
1. Le m&rquia d«s EssBrts, conseiller d'ÉUt, ambaaftadeur de Lcmis XV près du roi de Pologne, 1746-1752. ~