CHAPITRE X
foi qu’Abrham rêvait, quand elle le nommerait la charité.
Et il se réfugiait à l’ombre de l’Évangile :
— « Le prêtre vit sur le chemin l’homme couvert de plaies », achevait-il à sa manière hésitante, « et il passa; le lévite aussi passa : le prêtre et le lévite, les deux représentants du dogme! Seul le Samaritain se pencha sur le souffrant et le secourut. » Je voudrais être le Samaritain des blessés de la vie que je rencontrerais, et les mener à Celui qui tient dans ses mains l’huile et le vin qui guérissent. Vous avez raison, monsieur, elle acceptera cela ; elle m’aidera. Et après tout, Monod dit bien : « Le signalement de ses disciples n’est pas la doctrine pure, mais l’amour... »
— Mettez-la au nombre de ceux dont il faut toucher doucement la blessure, dit le père souriant. Réparez mes torts; je l’ai laissée aller comme un cheval des steppes. Vous la ramènerez.
La conscience ombrageuse d’Abrham eut un nouveau sursaut.
— Que puis-je, monsieur, sur une intelligence de cette force, livré à mes propres incertitudes?...
M. Harteveld passa son bras, paternellement, sous celui du jeune homme. Il conclut avec autorité :
— Vous pourrez ce que peut le bonheur, c’est-à-dire tout. Voilà assez de scrupules, arrivons aux décisions raisonnables. La guerre finie, le mariage se célébrera ici. Nous vous abandonnerons l’Abbaye pendant quelques mois, si je vis encore... Je me sens très atteint...
Abrham voulut protester. M. Harteveld poursuivit.
— Elle sera heureuse de mêler les souvenirs de sa vie avec vous au souvenir sacré de sa pauvre mère. Et puis, ensemble, sans vous presser, vous déciderez ce que vous devez faire. Je vois mieux, à vous entendre, à quelles mains je la confie; et je vous bénis, mon ami, car cette enfant est mon unique trésor, depuis la défection