‹ Autels mortsChapitre 103 sur 177 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Ainsi tous les nuages semblaient écartés. La sagesse pleine de tact de M. Harteveld avait dégagé l’avenir de ses enfants des questions inquiétantes, et l’avait fixé. La tendresse mutuelle des jeunes gens s’avivait encore à l’incertitude des lendemains; et la guerre, si étroitement mêlée à l’amour, absorbait tous les autres soucis, comme les grondements de la foudre couvrent tous les bruits.

Mais Mlle de Lourmade n’aimait pas; et son genre d’intelligence se prêtait peu aux questions générales. Elle n’abdiquait ni ses curiosités, ni son zèle. Deux ou trois fois elle avait tenté de manifester son mécontentement à son neveu : qu’il fût là, comme si rien ne

s’était produit, sans une observation, sans une parole de blâme, cela vraiment passait les bornes. Elle le lui faisait sentir par les menues tracasseries à sa portée. Elle prenait la Bible devant lui d’une façon ostensible, priant Abrham d’en faire la lecture; ou bien elle félicitait le jeune pasteur, avec insistance, de sa fidélité au culte des aïeux. Tout cela n’allait pas bien loin grâce au tact d’Abrham, à l’attitude combative de Claude et par-dessus tout à la présence de M. Harteveld.

Malheureusement, le jour même du départ, celui-ci fut appelé par dépêche à la sous-préfecture. Il fallait se prononcer sur le dessin de l’épée que la ville offrait au général de Castelnau, son glorieux fils. M. Harteveld partit de bonne heure, en promettant aux jeunes gens de les rejoindre à la gare. Mlle Coralie avait ses coudées franches.

Le déjeuner se traînait tristement. Chacun épuisait les banalités avec une bonne volonté louable. L’impuissance de dire en public les mots qu’on voudrait dire, l’obligation de

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