CHAPITRE XI
une bonne sœur qui vous donnait de la tisane?
— N’oubliez pas une nuit entière sur le champ de bataille, seul, en face de la mort. De grandes lumières viennent de là, ma tante... Que Dieu nous donne la force et le temps de suivre ce que nous révèle la mort!... Moi, Il m’a appelé, dans ma misère. Et je suis allé là où la divinité du Christ est assurée et sauvegardée. Tu sais bien, Abrham, qu’elle ne l’est pas ailleurs, qu’elle ne peut pas l’être tant que nous sommes les propres arbitres de notre foi !... Je suis allé vers Lui : ou plutôt, non. Lui-même m’a ramassé sur le chemin et m’a conduit aux autels du Dieu vivant et aux sources d’eaux vives.
— Oh! Rome, si tu n’étais pas Rome!...
Ce cri s’échappa des lèvres d’Abrham, bien moins comme une provocation que comme une plainte.
— Voilà l’éternelle réponse, appuya Mlle de Lourmade. Peut-il venir quelque chose de bon de la grande séductrice?
— Il en vient la sainteté : et la lumière de cette sainteté m’a ébloui. Je connaissais tous les points de la doctrine catholique, comme Claude les connaît : et nous restions incroyants ensemble. J’ai entendu les conférences les plus fortes, et j’ai suivi avec Abrham des cours sur l’unité de l’Église qui ont ramené quelques-uns de nos pasteurs : et tous les deux nous sommes demeurés hors du bercail... L’orgueil me rendait aveugle et sourd : et pourtant « c’est par ceux qui balbutient et dans une langue étrangère » que la vérité s’est manifestée à moi... Elle s’est imposée, à mesure que s’égrenaient les jours et les heures où je l’ai vue pratiquer, où je l’ai vue vivante. J’ai cru quand j’ai vu la vérité s’épanouir en sainteté. Je suis remonté jusqu’à l’Eucharistie qui en est la source... J’ai compris tout ce que j’avais lu, tout ce que j’avais entendu jusque-là comme une lettre morte. La beauté et la logique du Christianisme s’étaient révélées à moi. Et j’ai voulu que mon âme fût avec les saints.