CHAPITRE XI
— J’ai eu la même sensation que toi avec sœur Claire, dit Claude. Elle aussi a éveillé en moi une vision nouvelle, si opposée à tous nos préjugés! Te souviens-tu de cette pauvre fille, sans culture, telle que nous l’avons rencontrée, d’abord, fuyant les horreurs de l’invasion? Ses mains tremblaient au seul nom des Allemands!... Quand je l’ai vue, au moment de l’incendie de la cathédrale, descendre au milieu de ces misérables prisonniers insultés par la colère du peuple, se mettre à leur pas, partager leurs opprobres, et cela si simplement, écoutant sans doute un ordre intérieur que je n’entendais pas... elle serait morte pour eux que je n’aurais pas été plus bouleversée! Et ces choses qu’elle disait sans savoir, « les autels morts », ce nom dont elle a baptisé les faux dieux allemands auxquels nous sacrifiions, que c’était étonnant aussi ! J’ai vu et entendu comme toi, Georges, — mais sans aucun désir de me convertir...
(i) Voir : les Paroles secrètes.
— Je juge ces saintes femmes de la même façon, appuya le pasteur. Mais grâce à Dieu la hauteur morale n’est pas leur monopole. Où trouverais-je une conscience plus lumineuse que celle de Claude? Une plus courageuse droiture ?
— Je vous en prie, Abrham, protesta la jeune fille avec un sourire^ne vous aveuglez pas au point de me mêler à une question de sainteté. Mais Georges, conviens, cependant, que quelques exceptions ne signifient pas grand’chose. Dans l’ensemble, valent-ils mieux que nous? Vois la médiocrité de mes amies catholiques!
— Vous ne me suivez pas, voulut expliquer Georges.
— Tout cela est absurde, interrompit Mlle de Lourmade. Deviendrez-vous bouddhiste si vous rencontrez un bonze édifiant? Voilà où mènent ces prétendues largeurs d’esprit! Quand on en vient à pactiser avec ce qui est Romain, à quelque degré que ce soit, la débandade est proche. On abandonne