CHAPITRE XI
les places de refuge : « Nos enfants sont livrés à l’étranger qui passe »...
— Vous ne me suivez pas, répéta Georges avec calme. Je ne discute pas l’ensemble « braves gens », l’ensemble d’une humanité moyenne que ses croyances ne mènent pas. Je prends l’élite, celle qui vit sa foi. Et je dis que nous n’avons pas de saints parce que nous avons perdu avec l’Eucharistie la notion du sacrifice; nous ignorons « la folie de la Croix », les renoncements volontaires, parce qu’il s’est renoncé; la Virginité non pas temporaire, glacée, morne, mais débordante de charité, de joie et d’amour, par la Sainte Hostie...
— Vos saintes se dévorent entre elles; allez voir les dessous!
— Oh! en voilà, un mensonge! Quel est le diable qui vous a soufflé celle-là, mademoiselle? cria Gautrande qui portait à la bibliothèque le plateau du café.
Tout le monde rit... et la suivit.
— Je ne te comprends pas, mon pauvre
Georges, murmura pensivement Claude, mais j’aime ce que tu dis.
— Cela ne vous est pas difficile, observa aigrement Mlle de Lourmade, qui voyait tourner contre elle, par la faute de sa nièce, les attaques ourdies contre le transfuge, pour ce que vous avez dans la cervelle au point de vue de la foi !
— Vous avez mille fois raison, et je vous remercie de me pénétrer ainsi, reprit Claude avec son ironie glacée.
— Ah! Claude, supplia le pasteur, vous ne savez pas vous-même; c’est une heure de ténèbres! '
— Elle ne croit à rien ! répétait la vieille demoiselle levant les mains, et vos ouailles le sauront, mon ami, et quand vous prêcherez les gens, et qu’ils verront l’impiété installée à votre propre foyer, ils penseront que vous vous moquez!... Et vous acceptez cela?
— Accepter quoi ? demanda Claude en fronçant les sourcils.
Georges inquiet, intervint :