‹ Autels mortsChapitre 109 sur 177 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

— Je vous en supplie, ma tante. Cette conversation a trop duré. Nous perdons nos dernières heures.

— Ah! mon ami, continuait la vieille fille sans l’entendre, ah! mon ami, que je vous plains! Quelle idée a-t-elle de votre conscience pour parler devant vous, un pasteur, comme personne ne l’a jamais fait ici!...

— Claude, est-ce que tu viens ? Tu m’aideras à finir ma valise? demanda Georges.

— Ma tante, jeta Claude, à la porte déjà, pourquoi serait-ce moi qui abdiquerais mes idées? Pourquoi?

Elle était debout, toute frémissante de défi et d’orgueil, si dure, et pourtant si belle dans l’affirmation de sa force que le cœur d’Abrham défaillit d’effroi et de tendresse. Elle comprit et sourit.

— Vous m’attendez, Abrham? Je vous rejoins sur la terrasse dans un instant, à la porte de l’église.

Elle suivit Georges dans le grand cloître sonore et dans sa chambre; et tandis qu’elle

achevait les derniers rangements à sa façon nette et précise, elle respira.

— Cela vaut mieux. Sa fureur est sur moi, ce qui me trouble peu... Elle a un don pour faire venir à la surface tout ce qu’on a en soi de mauvais.

— Il ne faut pas lui en vouloir, dit Georges, c’est un cerveau fermé. Tu l’exaspères volontairement. Tu as voulu attirer toutes les foudres pour les détourner de moi, ma pauvre petite.

— Qu’importe! répondit-elle. J’aime tellement mieux t’avoir entendu! Jenet’accu sais pas. Mais je te vois mieux, maintenant. Après notre vie ensemble, cette séparation étaitdure. Elle ne l’est plus. Tu es le même... et meilleur.

— Tu me rejoindras un jour...

— Moi ? dit-elle avec un étonnement sincère, comment veux-tu? Ce que tu racontes me paraît inexplicable, impossible! Aliéner sa liberté!...

— Oui, approuva-t-il; tu vois l’abîme, et

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