‹ Autels mortsChapitre 112 sur 177 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

— Mais rien de tout cela n’importe! poursuivit-elle. Ii n’y a que vous et moi. Partez heureux. Je serai toujours près de vous, si fière de votre courage, de votre héroïsme C’est comme hier, Abrham. Je vous attendrai. Cette tante Coralie est absurde : elle a cru nous diviser! Je sais que vous ne me préférerez jamais rien, ni un sentiment, ni une foi, rien.

Il releva la tête qu’il tenait inclinée sur les mains de la jeune fille. Ses lèvres tremblaient :

— Claude, comprenez-moi, je vous supplie : je pars, et je peux mourir. Là-bas, aux heures plus dures de l’effroi, du refus instinctif de s’offrir, je vous sens auprès de moi, et toujours pour les conseils de vaillance, ce que vous appelez de l’héroïsme bien à tort : je ne suis pas un héros. Je suis faible, et vous êtes ma force. . .

— C’est ma fierté, dit Claude avec une immense douceur, très attentive à ces paroles et à celles qui, elle le pressentait, allaient

suivre.

— J’agis donc toujours comme si nous ne comptions pas, comme s’il n’y avait devant moi que la France : je sais que vous acceptez cela.

— Je l’accepte et je le veux, et je vous remercie Abrham. C’est dur : mais je ne vous ai pas diminué. Vous êtes un soldat, d’abord. Et je sens tellement qu’ainsi nous nous aimons plus !

Tandis qu’elle parlait, elle se manifestait vraiment elle-même, dans sa noblesse, sa gravité et sa force. Et comme il arrive lorsque l’acte héroïque n’est pas imposé du dehors, mais jaillit des profondeurs de l’être, l’accord de son âme et des nobles devoirs, l’harmonie absolue de sa vie intérieure et de son attitude extérieure rendait sa beauté plus émouvante.

— Merci, bien-aimée, dit Abrham. Je le sais tellement que j’ai fait graver votre nom sur mon épée.

— Oh! Abrham, que je suis hère d’être aimée de vous!

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