‹ Autels mortsChapitre 113 sur 177 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les larmes jaillissaient dans l’émoi de cet hommage chevaleresque. Il s’enhardit :

— Nous n’avons plus que quelques instants, je vous supplie, chérie, écoutez-moi et comprenez-moi ! J’ai besoin de vous sentir avec moi en allant à Dieu. Je ne parle pas de vos tendances catholiques; ce que je veux dire est plus large. Au contraire de Mlle de Lourmade, j’accepterais tout ce qui vous rapprocherait de Dieu. Mais il me semble que je ferais une lâcheté si, pour ne pas vous déplaire, je dissimulais le mal que j’ai quand vous parlez de votre indifférence. N’ayez pas peur, chère, mon cœur serait moins profondément à vous s’il était vide des pensées éternelles, et de l’espoir de vous entraîner avec moi. Mais je ne peux pas vous laisser croire que je traite légèrement les croyances chrétiennes.

— Qui dit cela?... Mais vous n’allez pas me préférer encore quelque chose? Ah! non. Je n’accepte ce second rang que pour la France, et seulement parce que c’est une question d’honneur.

Elle souriait à demi, les yeux encore humides. Il continua, à sa pauvre manière hésitante :

— C’est une question de conscience, Claude, et de tendresse. Ne voulez-vous pas m’accepter ainsi? Serai-je seul, sur le chemin qui mène à Dieu ? Seul, dans ce qu’il y a en moi de plus sacré?

Elle vit l’angoisse de cette prière sans en comprendre la grandeur. Devant les choses infinies, elle maintint la mesure de son idéal terrestre. Son sens de L’absolu, transposé, faute d’objet, des choses éternelles aux choses qui passent, fut blessé de ce débat dont elle avait cru triompher définitivement la veille :

— Ah! dit-elle, si vous m’aimiez, vous embarrasseriez- vous de tout cela !

— Si je vous aimais!

... Sentiers fleuris de roses, où tous les rêves de bonheur passaient! Sentiers au seuil desquels la femme de son cœur l’appelait tenant dans ses mains toutes les joies... Comme hier?... Qu’hier était loin!... Un mot encore, un geste, et il pouvait repousser tout

Page 1