CHAPITRE XI
le reste, borner son horizon où le menaient les pas légers... Il se taisait : et déjà elle doutait de sa tendresse; et bientôt elle s’écarterait de lui, peut-être, le jugeant étroit, et le jugeant petit ; et ces merveilleuses fleurs d’amour ne seraient plus aux mains de la jeune fille qu’une parure flétrie au lendemain d’une fête.
Dans sa souffrance il atteignait le point où l’âme semble s’affranchir, où elle entend sans bruit de paroles, et voit, sans regarder au dehors, comme un maître anxieux écarte ses serviteurs et vient lui-même au seuil de sa demeure découvrir ce que lui apporte la destinée...
Sa vision intérieure revint, se précisa : Bien loin au-dessus des sentiers heureux, montait la route désolée où, incertain, hésitant, battu de vents contraires, il allait, seul, dans l’agonie de la chair et dans l’agonie du cœur, cherchant au delà de cette vie celui qui a dit qu’il est la Vie. Et à mesure qu’il regardait, malgré son martyre et malgré ses doutes, l’invisible
l’emportait. En vain tous ses espoirs tombaient-ils derrière lui comme la javelle derrière le moissonneur, sans que personne recueillît et liât la gerbe. Il allait. Une force inconnue répondait à l’appel obscur de son âme, le libérait, entraînait ses pas vers les cimes où le Christ mystérieux passait... Claude répéta très bas :
«Si vous m’aimiez, est-ce que vous n’abandonneriez pas tout cela ? »
Il répondit : « Je ne pourrais pas... »