‹ Autels mortsChapitre 117 sur 177 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

voyait même pas qu’une défaite fût possible- Il préfère quelque chose à elle : quelque chose? Pour cette spéculative, c’est presque aussi dur que s’il lui préférait quelqu’un. Iî lui préfère ses attraits, ses croyances : il les garde intacts, malgré elle, contre elle. Elle juge qu’en ce cœur faible et complexe,, l’amour n’a ni valeur ni force. L’idole n’admet pas d’autre autel que le sien, dans le temple intérieur, et elle rejette l’encens qu’il faudrait partager et la main qui l’offre. Ah! qu’elle est toujours la même dans ce besoin de briser, de réduire à rien ce qui la déçoit,, de déchirer l’image ou de jeter au loin le jouet qui a cessé de plaire!

Mais à sa rancune et à sa colère se mêle une humiliation plus intolérable encore : comme le premier soir sur la petite terrasse et, plus nettement, elle se sent diminuée et elle le sent grandi par ce dissentiment même. Est-ce possible? Elle a beau multiplier les appellations méprisantes : « petit, étroit, médiocre ». Non, non; ce:

n’est pas la vérité. La vérité se dégage des ombres, et la voici : Abrham lui a résisté parce qu’il connaît, ou qu’il recherche, une façon de sentir supérieure. Il lui échappe non pas seulement en gardant la liberté de sa pensée, mais en plaçant cette pensée audessus du cercle uniquement terrestre où la jeune fille prétend la confiner. L’âme très noble de Claude comprend que, par cet effort, il la dépasse, comme elle l’a pressenti chaque fois que, dans un éclair, il s’est révélé. Et c’est ce qui ajoute à sa douleur cette humiliation insupportable.

Médiocre! Lui?... Elle est incapable de l’atteindre. Et elle a beau vouloir le rejeter, elle l’admire. Elle se rappelle la lumière qui éclairait l’agonie de ce visage, comme elle se souvient du rayonnement de sœur Claire, et une fois encore profondément, irrésistiblement, la sensation des réalités immatérielles la saisit... C’est le second germe déposé dans la terre aride de son âme: je dis ceux dont elle peut avoir conscience. Elle ignore les

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