‹ Autels mortsChapitre 118 sur 177 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

réactions insensibles de l’air qu’elle respire, des murailles du monastère, de la terre croyante où elle se sait déracinée, de la solitude et du silence, des allées foulées par les pas endormis, de ces eaux touchées par des mains pures, de tout ce qu’elle n’accueille ou croit n’accueillir que comme un souvenir du passé. . . Et les âmes autour de son âme, Georges dans sa force, Gautrande dans sa droiture, Mlle de Lourmade dans son étroitesse, et son père dans son indifférence, qui ne lui sont, qui ne peuvent lui être un secours, et l’obligent à chercher ailleurs... et la prière des saints qui l’enveloppe à son insu. Elle ignore tout cela.

Mais elle a en elle la puissance terrible de dire non.

La lumière brûle autour de son humble abri, éclabousse en face d’elle les rocs arides

et trouble ses yeux fatigués; les cigales et les bourdonnantes abeilles chantent en vain le chant monotone et berceur de l’été. Il lui semble se retrouver dans un désert sans bornes, après que le mirage s’est évanoui. Sa détresse écarte les erreurs à demi conscientes et la replace dans la vérité de sa nature aux faims et aux soifs infinies. A la splendeur de ces heures brûlantes elle tremble dans les ténèbres, le froid et le vide intérieur. Le mouvement et l’occupation de son cœur voilaient tout à l’heure la profondeur de sa misère. Maintenant, plus rien; et le vertige la prend au bord de son propre abîme. Ah! s’il la voyait à présent, celui qui s’en va désespéré de son indifférence tranquille, s’il la voyait dans les larmes qu’elle ne retient plus, dans son angoisse, dans son appel involontaire au secours « et dans ces accablements muets qui montent vers Vous, Seigneur, en voix déchirantes! (i) »...

Mais là encore elle ne sait pas; elle va et

(i) Saint Augustin.

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