‹ Autels mortsChapitre 12 sur 177 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gautrande entra bruyamment, portant un plateau bien garni.

— Et votre feu? Vous l’avez oublié? Il gèle dans cette pièce. Mademoiselle Claude, ça vous fera mal de toujours penser. Et dire que, toute petite, déjà vous étiez comme ça! Voici des pascades aux pommes (sortes de crêpes du pays). Je vous les ai portées avec votre thé : cela vous fera plus de bien que cette tisane. Il y a bien trois heures encore jusqu’au souper.

La bonne femme s’accroupit devant le foyer. La flamme jaillit. Elle l’activait de son souffle puissant, lentement, posément, comme un soufflet de forge, tournant de temps à

autre sa face rougeaude vers « sa petite ». Et le bon visage affectueux et joyeux mettait aussi une chaleur dans la vaste chambre.

— Pour sûr, vous en avez deux, aux armées, mais chacun y a bien les siens. Pas moins, il faut vivre. Vos frères de lait s’y comportent bien. Je les ai mis sous la protection de Notre-Dame de Geilhes; et les vôtres aussi, — quoique vous ne vous souciiez pas de la Vierge, — et le voyage ne me coûtera pas, pour remercier !

Elle se releva. Elle se tint debout, massive, et paraissant équarrie à coups de hache, comme la plupart des paysannes aveyronnaises autour de la cinquantaine. Son bonnet blanc tuyauté, son fichu noir, sa robe à plis lui donnaient l’air d’une tourière. Elle croisait ses mains sous un tablier à raies grises, et causait familièrement tandis que Claude faisait honneur au petit repas.

— Tes pascades sont excellentes...

— Vous voyez bien que ça vaut mieux que vous noyer l’estomac d’eau chaude. Mangez

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