CHAPITRE II
ça premier, et puis cette tartine de groseilles. C’est Mademoiselle qui l’a faite, et des confitures comme ça, vous n’en mangiez pas à Paris... Les enfants, oui, c’est bien désagréable de les sentir là-bas. Mais on sait qu’il le faut. C’est ce qu’on entend qui met en colère. Il y en a, même ici, qui commencent à faire leurs imbéciles à dire que ce sont les riches et les prêtres qui font la guerre. Et comme je leur réponds : Voyez dans la vallée ceux des riches qui sont morts... C’est pour tuer leurs enfants qu’ils la font? Moi je sais ce que mes deux fils m’ont coûté, mais j’aimerais mieux les voir là, étendus morts, qu’avoir des raisons comme ça contre nos curés.
— Tu n’empêcheras pas les gens d’être stupides, surtout ici, ma pauvre Gautrande, expliqua Claude en levant légèrement les épaules. Tu trouves Monsieur mieux?
— Des fois. Mais M. Georges ça l’a bien secoué, je crois, et encore plus que de le savoir blessé. Monsieur ne dit rien. Il est si
les autels morts
bon! Un homme comme il n’y en a plus, si large, employant tout le monde, même ceux qui parlent mal de lui. Aussi tous lui lèvent le chapeau. Pour Mademoiselle, elle était déchaînée...
— Comment as-tu su? demanda Claude, surprise.
— Ma foi, par des mots par-ci par-là. A table, Monsieur a dit : « Georges est dans l’Église romaine. » Mademoiselle a fait une folie. Je ne sais pas ce qu’elle mêlait : des villes, des bêtes à cornes, une femme écarlate... Ça m’était égal. Je pleurais de joie. Pauvre petit! Je l’embrasserai de bon cœur. En voilà un que le diable n’aura pas.
Et elle continuait^ mêlant des expressions patoises imagées, inattendues, faisant des vœux pour la conversion de Claude qu’elle avait consacrée aussi à la Sainte Vierge.
— Maintenant, allume ma lampe, ma bonne. Il faut que j’écrive, dit Claude en riant.
— Déjà! Il n’y a pas d’encre! Ah! mais vous avez un porte-plume plein, comme le