‹ Autels mortsChapitre 124 sur 177 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Sœur Claire!

Devant Claude passe la silhouette de l’humble franciscaine, telle qu’elle l’avait vue si souvent, petite, menue, effacée, allant d’un pas rapide les mains dans les manches de sa robe blanche. Elle revoit le visage sans beauté, très pâle, les paupières habituellement baissées; mais quand les yeux naïfs et profonds, ouverts sur le monde invisible, se tournaient vers les hommes, ils semblaient les envelopper de pitié... Sœur Claire avait si cruellement souffert! Aux jours de l’invasion, tant de visions d’effroi et de sang avaient empli ses regards que leur sérénité inviolée en était plus émouvante. Et Claude évoquait, à leur

souvenir apaisant, les aubes latines, d’une limpide lumière, les cieux purs, plus purs et plus clairs dans leurs teintes de rose et d’ivoire, à travers les oliviers tristes, à travers les noirs cyprès.

Chère soeur Claire! Jamais, dans ses heures de joie, Claude n’aurait songé à l’associer à ses pensées; mais maintenant il lui semblait que les mains douces se tendaient vers elle et qu’elle entendait les mots ingénus, enfantins, qui agissaient sur la douleur comme des simples sur une plaie. La jeune fille se trouvait moins seule en pensant à elle et sa nuit en fut apaisée, comme par la présence d’un ange gardien. Oh! oui, elle lui écrirait.

Au matin, elle ne savait plus; elle passait d’un projet à un autre. Georges?

Abrham? Mais non. Elle attendrait leurs lettres d’abord. Elle ne pouvait se fixer à rien, non, pas même à lire le livre qu’elle tenait; elle essaya des vers, tristes comme elle; la journée se traînait. Maintenant sœur Claire lui apparaissait comme un être inoffensif et

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