CHAPITRE XIII
nul, incapable de la soulager et de la saisir; et, dans ses tourments profonds, se tourner vers la chétive créature, lui semblait aussi absurde que s’intéresser au vol d’un oiseau, sur une route qui conduirait à la mort.
Mais comme la nuit tombait, amenant avec elle un redoublement de délaissement et d’abandon, Claude revint à son projet d’écrire. Elle se l’expliqua mieux. Elle n’allait pas à sœur Claire seulement parce qu’elle la jugeait une âme douce, inhabile aux reproches, incapable de dominer, mais parce que le souvenir de la religieuse se rattachait à la plus décisive des expériences spirituelles. Auprès de sœur Claire, quelque chose, — elle ne savait quoi, — quelque chose d’inconnu jusqu’alors s’était révélé; Claude était demeurée incroyante, mais comme l’aveugle, sans voir la lumière, reçoit la chaleur du soleil, l’âme obscure avait senti passer une flamme qui, encore à distance, la brûlait...
Dirait-elle cela ? Non. A quoi bon ? A y ré-
fléchir, elle n’attendait et ne désirait pas de réponse. Elle voulait échapper seulement, pour une heure, à l’horreur du vide qui la torturait; et le geste dont elle attira la feuille blanche, en s’asseyant à son bureau monastique, était pareil à celui du pilote qui, se sentant sombrer, jette le lest.
« Merci de votre souvenir, merci de ces ravissantes Vierges de la Cathédrale, chère soeur Claire. Merci surtout de penser à moi et, comme c’est la forme habituelle de votre pensée, de prier pour moi. A votre point de vue, jamais ce ne fut plus nécessaire. Je suis bien telle que vous m’avez connue, mais avec quelques changements qui, je le crains, ne vous plairaient pas. Mon indifférence se transforme en un malaise constant, une sorte de colère sourde contre les mirages qui entraînent les meilleures âmes et le meilleur d’elles et les perdent dans des chimères. Je ne sais et ne peux m’expliquer plus clairement; autrement vous me comprendriez. Je