‹ Autels mortsChapitre 129 sur 177 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

et suspendue devait suivre humblement son cours. On assistait à l’un des drames les plus poignants de l’histoire, en France même, sur son propre sol; et d’abord le patriotisme exaltait tout le pa3's; les esprits, et autant qu’on le pouvait les actes se ramenaient à un seul point : la guerre. Maintenant, la victoire n’était qu’une question de temps. Il fallait patienter ; plus de deux ans, déjà ! Et les habitudes journalières, la routine, les distractions même reprenaient leurs droits. Les fils au front, les maris, les frères? Oui : eux, d’abord, et tout ce qui les touchait; et les communiqués des états-majors, et les journaux les mieux informés : tout ce surcroît à la vie, mais enfin la même vie. Claude écoutait le récit des déclanchements furieux sur la Somme, ou la décoration de Verdun l’héroïque, en suivant distraitement les voix qui montaient d’en bas : « Mais, mademoiselle, je vous disque cette confiture sera trop cuite !... » Encore, la régularité des actes matériels que chaque jour ou chaque saison ramenaient

comme un rite portait-elle en elle-même une force. L’inaction de Claude était pire. Son impassibilité et son courage factice amenaient comme une réaction obligatoire, un abattement croissant. Elle délaissait tout ce qui demandait un effort, la musique, l’étude, la lecture même, ce qui autrefois remplissait et élevait sa vie; le désir de se dévouer, de se donner tombait aussi. Elle ne se sentait plus le courage de reprendre, avec sa blouse d’infirmière, un poste de dévouement. Son malaise intérieur lui rendait pénible d’agir; et l’inaction ajoutait à ses angoisses un ennui mortel.

Cependant, comme elle l’avait prévu et désiré, entre Abhram et elle, rien ne sem blait changé au dehors. Les lettres arrivaient régulièrement, moins nombreuses peut-être : mais cela s’expliquait par le poste qu’occupait Abhram, où les attaques se succédaient sans interruption. Le ton, aussi, imperceptiblement différait, plus détaché, plus viril; toutes les forces, dispersées auparavant dans

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