CHAPITRE XIII
cette dualité de l’amour et du sacrifice, se concentraient maintenant dans une offrande de chaque jour, se rassemblaient, prêtes à se déclancher dans un geste héroïque.
L’amour d’Abhram ne diminuait pas; il s’immolait. Et Claude suivait cette évolution, poignante et superbe, qu’elle seule pouvait saisir; et elle sortait de sa torpeur, pour l’admirer et s’unir, avec lui, à cette résistance de Verdun, sur laquelle le monde entier avait les yeux; pour y contribuer, en le soutenant, comme il le rêvait, de son approbation ardente. Il savait bien que là ils pensaient, ils vibraient ensemble : et c’était sans doute la douceur cachée de son holocauste...
Du reste, s’il multipliait sous toutes les formes les gestes virils et charmants, s’il s’affirmait « un chef », — on le savait par Georges, — il se défendait obstinément des mots, comme si l’expérience plus profonde d’une vie intérieure qu’il n’exprimait plus lui en montrait l’inanité :
« Défiez-vous des racontars, des histoires,
264 les autels morts
prendre ces heures, comment on les vit, comment on les exprime, il faut franchir toutes les expressions habituelles. Quand on enlève sur ses épaules un homme qui a attendu, couché des heures, entre deux feux, et qu’on le pose là, en sûreté entre les camarades, il ne parle pas le plus souvent; mais on emporte dans les yeux un regard qui vous réchaufferait dans la mort, je crois... Et quand on les tire d’un mauvais pas, qu’on les empêche de faire une bêtise, qu’on les remet d’aplomb, quelle réaction de force on en reçoit!... Je les aime... Si j’osais vous dire un mot qui m’a mis le cœur en fête, bien que je dise qu’il n’y a pas de mots! Souvent devant la mort, parfois horrible, de ceux qu’ils aiment, ils s’oublient à maudire la guerre, et le reste.
. Mais jour par jour, patiemment, nous nous sommes entendus, nous nous sommes compris : hier donc, ils me déterraient, sous des débris de toute sorte,