CHAPITRE II
docteur. Écrivez si ça vous garde de languir. Pour sûr, ça n’est pas gai, ici, il faut y être habitué. Dans le pays on dit que les sœurs reviennent, et les premiers temps vous ne m’auriez pas fait aller seule, le soir, du côté de l’église, et de ce « trace » de caveau qu’on ne sait pas ce que c’est, ni qui y est couché. Mais depuis on a eu tant de soucis qu’on ne craint ni mort, ni vivant, puis avec le travail qu’il y a, on n’a pas le temps.
— Comment vous arrangez-vous pour le service?
— Nous faisons tout, avec Louisou. Il est fort pour ses treize ans, et par-ci par-là la fermière donne un coup de main. Mademoiselle n’a pas sa pareille pour tenir la maison 5 elle vous trotte de la cave au grenier. Si on lui enlevait ses clefs, elle en ferait une maladie.
— Tu t’entends mieux avec elle?
— Ma foi, dit Gautrande avec sa rude franchise, j’ai pris mon parti de la laisser dire. Elle n’est pas méchante, au fond. Elle est juste aux gens; pour les malades elle est
bonne. On ne lui en sait pas gré. Elle n’est pas de chez nous. Voyez, mademoiselle Claude, ce nest pas pour vous fâcher : mais des gens qui ne vont pas à l’église, qui parlent comme des diables contre la Sainte Vierge, les prêtres, et qui ne prient pas pour leurs morts, le pays a beau se gâter, ces gens n’y sont jamais que comme des pièces rapportées. Encore, dans une ville, je ne dis pas, ça se voit moins; mais dans nos campagnes, et dans un couvent comme ici, ça se sent davantage, et ça fait murmurer. Si je dis ca, c est rapport à Mlle de Lourmade, pour vous expliquer. Monsieur, tout le monde le porte sur la main, et vous, vous avez été nourrie dans le pays.
Oh ! moi, si tu savais ce que ça m’est égal! Va vite. Il faut que j’écrive. Appelle-
moi dès que Monsieur sera là. On n’entend rien d’ici.
Oui, oui. Je vais à mon souper. C’est égal ! Quelle joie de vous revoir! Je n’en dormirai pas de la nuit!