CHAPITRE XIII
morts partout, des ensevelis, des blessés partout... Pendant tout ce temps, jour et nuit, sans manger ni dormir, on marchait sur des cadavres, on piétinait des blessés ; nos mitrailleuses étaient renversées, enfouies puis déterrées et remises en place.
... Pauvres braves gens qui tombent et vous appellent, comme chrétien et comme chef. Je les ai tous avertis : et l’aumônier a fait descendre sur tous le pardon de Dieu. Pas un n’a refusé; mais les morts, ces morts!... Je suis le seul capitaine debout; un de mes hommes est devenu fou... Abrham est admirable, à côté, de calme et de force. Ses hommes l’adorent. Il fait la guerre avec une hauteur et un oubli de soi de mystique. Il semble qu’il ne reste plus rien, que nous ne sommes plus qu’un squelette. On nous relève. Il faut reformer le régiment. Pauvre belle division!...
« Mais les Boches n’ont pas passé. »
— Et Abrham ? demanda M. Harteveld avec inquiétude, Abrham n’écrit pas ?
— Un mot, père... entendez. Il ne dit rien de ce jour-là. Il écrit le lendemain :
« Nous sommes sortis de notre bois, nous avons enlevé la ferme en plein jour et sans pertes. Je les sens bien en main. La route qui mène à la victoire sera longue; et beaucoup de ces braves gens qui font mon admiration ne verront pas cette route ouverte... Qu’importe puisqu’elle s’ouvrira ? Claude, ils disent que je suis courageux... »
Et puis des jours et des jours...