CHAPITRE II
— Embrasse-moi, Gautrande. Bien peu m’aiment comme toi!
La porte retomba avec bruit sur le cloître sonore. Claude se retrouva seule, à la douceur intime de la lampe et du feu qui brûlait dans l’âtre. Les reflets des flammes caressaient les meubles les plus proches et le parquet luisant comme un miroir. Claude se sentit mieux, réchauiïée, reposée, avec, tout proche d’elle, cette créature dont le dévouement et le ferme bon sens lui étaient chers. Elle attira près de la cheminée le bureau rustique, en chêne ciré.
Elle écrivit :
« Mon ami, me voici dans une maison déserte. On ne m’attendait que demain. Personne à la gare, personne à l’arrivée, sauf
les autels morts
ma nourrice Gautrande, que vous aimerez parce qu’elle m’aime. Mais vous sentez si je me suis enfoncée dans le froid que j’ai au cœur, depuis que je vous ai quitté! Je vous dis cela dans un accès de faiblesse; e'coutez-le une fois. Je tâcherai de ne pas recommencer. Il faut que je fasse partie de vos forces et de vos richesses, et, si vous êtes brave, que vous me sentiez brave, aussi. . . Mais vous êtes loin, exposé à tout sans que je puisse vous laisser voir ce que j’en souffre... Pourvu que vous le sachiez !...
« Il est quatre heures, et déjà il fait nuit. Je me suis réfugiée dans ma chambre, celle de ma mère et celle des abbesses. Cette chambre est telle qu’au moment où la dernière de ces abbesses, Alice de Pardailhan-Gondrin, en i79°î quitta. Ses meubles même y sont restés, fort simples du reste. Je vous écris sur un étrange petit bureau à arcades, fait par quelque menuisier malhabile, où certainement les mains de Mme de Pardailhan se sont appuyées.