CHAPITRE XV
tions calvinistes de Mlle de Lourmade et les histoires de Gautrande avaient, en l’effleurant, ajouté la peur... Puis, l’instinct puissant de sa jeune vie intacte protestait, appelant à lui les leçons et les exemples de cette terre saine où l’on apprenait à se vaincre et à subir. Et les sentiments plus sûrs du cœur de la jeune fille intervenaient à leur tour : la mère morte dont elle bravait les pensées, le père si noble, qui devinerait, peut-être, et ne se consolerait jamais. Tout cela, oui, tout cela se levait, lui barrait le chemin dans les heures tranquilles. Mais ces déterminations affolées ne sont pas celles des heures tranquilles; et les yeux grands ouverts dans la nuit, Claude savait, maintenant, que si elle ne trouvait pas d’autre refuge contre l’obsession fatale, elle succomberait... Elle le savait; et cependant, quelque chose de large, d’immense planait sur la terre informe et vide de son âme. « Les ténèbres couvraient encore l’abîme, mais l’Esprit du Seigneur se mouvait au-dessus des eaux. » Un mot, un sou-
pir à peine entendu traversa l’ombre comme, la veille, l’église du village : « O Jésus!... »
Était-ce encore le vieux prêtre ? la mère tendre et pieuse, les abbesses qui étaient mortes sur cette couche, ou les moniales qui redisaient ce nom aux échos du monastère désert ? Étaient-ce toutes ces forces pures qui s’unissaient pour la sauver? Ou son propre cœur qui avait accueilli le nom sacré dans des retraites jusque-là inaccessibles, et le jetait comme un suprême appel à l’heure où tout sombre ?
Quoi quhl en fût, ce nom amena un intervalle soudain de silence et de calme. Il dominait les remords et la détresse de la jeune fille, comme hier, à la cure, il dépassait les questions de vie et de mort. Tout changeait de sens; tout devenait relatif devant ce seul Être nécessaire et absolu. Tout tendait et aboutissait à Lui, comme à l’explication divine d’une vie qui sans Lui n’aurait point de prix. Les tentations impies, les clameurs et les appels du désespoir se taisaient devant