CHAPITRE XV
l’invisible Présence. Les ténèbres demeuraient profondes et la mer mouvante; mais la lampe qui brûle dans le sanctuaire où Dieu habite découvrait à l’horizon la terre de la certitude et du repos, l’église vivante où l’on adore, le refuge et l’abri, tout un faisceau de vérités, de devoirs et de forces qu’elle trouvait au pied de ses autels vivants, qu’elle ne trouvait que là! Elle joignit les mains. Aucune voix au dehors ne prononçait le nom que son cœur entourait d’invocations ardentes : « Faites que je voie!... » « faites que j’entende! » « Si c’est Vous, ordonnez que j’aille à Vous... » Dans le calme fugitif que lui apportaient ces paroles, sans qu’elle le cherchât, sans qu’elle le voulût, comme un fruit mûr se détache et tombe, son état d’âme s’éclaira. Il se précisa avec la netteté qui marquait toutes les opérations de son esprit : « Livrée à moi-même, j’aboutis à la mort; et le Catholicisme me sauverait. »
Dès lors ses luttes intérieures furent circonscrites dans ce champ clos. Elle leur avait assigné, à sa manière, leur terme logique. Dans ce cœur qui se débattait sous l’emprise puissante de Dieu, les vieilles habitudes d’analyse demeuraient, comme dans les villes dévastées par les obus les pans de mur écroulés laissent voir, parfois, un logis intact, reste lamentable de ce qui fut et qui n’est plus. Si suave, si irrésistible que semblât l’appel, elle voulait le contrôler; elle voulait résister aux impulsions irréfléchies d’où qu’elles vinssent, les peser, les juger, et, les yeux déjà emplis d’adoration, mesurer la hauteur des étoiles. C’est à quoi elle employa les jours qui suivirent. Son âme fut le terrain neutre — qu’elle voulait maintenir neutre —