CHAPITRE XV
où les forces adverses s’affrontaient : tout ce qui en elle était sain, droit et pur, l’appel de sa conscience qui cherchait un appui, l’entraînait vers le Catholicisme; l’horreur « de la raison dans les fers », la révolte, l’orgueil, l’acculaient au suicide : mais elle ne nommait pas encore nettement ces deux forces adverses : le bien et le mal. Elle se contentait, au lieu de prendre un parti, d’en surveiller, attentive, les manifestations.
En un sens, elle était moins éloignée du Catholicisme que d’autres. Le milieu supérieur dans lequel elle se mouvait l’affranchissait des fables absurdes qui, pour Mlle de Lourmade et les siens, faisaient de l’Église de Rome un épouvantail. Au contraire, nous l’avons vu, ses études, sa culture sérieuse, des conversations avec des prêtres distingués, surtout les controverses qu’elle suivait lors de la conversion de Georges, l’avaient initiée à ses dogmes, à sa discipline et à son esprit. Elle admirait cet édifice majestueux de cette admiration purement
esthétique que Newman juge la disposition la plus décevante pour ceux qui s’y tiennent. D’autre part, n’ayant jamais eu de religion, en dehors des mille fibres qui lient nos âmes à celles des nôtres, elle n’aurait à renoncer à aucune forme de croyance. Ce n’était pas le passage d’une église à une autre, mais du néant à la foi. Le protestantisme ne lui paraissait qu’un mouvement, généreux à sa base, mais humain, sans autorité et sans unité, allant à un émiettement logique. Son libre esprit s’y mouvait à l’aise, ainsi que, dans sa philosophie naturelle, le kantisme, mais sa propre expérience lui montrait que, là, rien n’endigue dans la voie où l’on descend ; et l’exemple d’Abrham, que rien ne soutient dans le chemin où l’on monte. Elle le disait à son père : « S’il y a une vérité, elle est dans l’Église catholique », mais sans aller plus loin, sans considérer comme un devoir de se mettre en quête de cette vérité... Il avait fallu, pour l’y réduire, cet attrait puissant, révélant le Dieu qui se cache ; et une douleur