‹ Autels mortsChapitre 160 sur 177 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

acceptait la Vie Éternelle, elle la. résumait dans la parole de l’immortelle Prière : « La Vie Éternelle est qu’ils Vous connaissent, Vous, le seul vrai Dieu, et Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. » A mesure qu’elle le creusait, l’Évangile la transformait. L’autorité qui gardait intact cet héritage sacré lui semblait nécessaire; et le devoir de se soumettre à cette autorité lui semblait rationnel. A cet esprit absolu, une fois le renoncement à soimême admis — la base même de l’Évangile — les divergences et les variations n’étaient pas un attrait. Restait pourtant cette appréhension instinctive qui précède et accompagne les démarches irrévocables; restait le désarroi de ce changement total d’orientation et ces alternatives de lumière et d’ombre qui rendaient les derniers pas difficiles et le chemin rude. Elle n’avait point d’appui humain. Le vieux prêtre, si admirable en tout ce qui touchait la Religion, demeurait seulement comme le dépositaire des choses sacrées. Hors de là il ne suivait pas la jeune fille, et sans doute il

ne la comprenait pas; il restait l’homme d’une culture médiocre et d’une intelligence moyenne qu’elle dépassait dans tous les sens. Elle le rapprochait dans sa pensée des grands pasteurs qu’elle avait connus : et cela marquait encore les différences essentielles de l’Église et des Églises. Dans celles-ci, chaque homme créait son foyer de lumière et de chaleur, circonscrivait sa part de vérité. L’homme était tout. Chez les catholiques, il n’était rien. La foi, les sacrements, les devoirs formaient un bloc intangible, qui était la vérité en soi; l’homme n’y ajoutait pas, n’y retranchait pas. L’eau qui jaillit jusqu’à la Vie Éternelle demeurait la même en dépit du vase de terre ou de la coupe précieuse qui l’offrait...

Du reste, dans ces heures redoutables, qui l’aurait aidée? Comme le dit un des grands convertis: « L’âme dans son agonie ne peut être touchée que par Celui dont les mains ont été percées. » Elle ignorait encore la pitié de ces mains divines; ses yeux ne voyaient pas le Samaritain penché sur elle, et elle montait

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