‹ Autels mortsChapitre 164 sur 177 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

L’abjuration était fixée au lendemain, x 5 novembre, fête de sainte Gertrude.

La jeune fille aimait d’instinct cette grande moniale dont sœur Claire lui avait parlé. Bénédictine comme les religieuses qui peuplaient autrefois l’Abbaye, et séduite comme Claude — elle l’a écrit — « par les études et les arts libéraux, qui me plongeaient dans la nuit d’un trouble profond, jusqu’à ce qu’il vous plût, Seigneur, de renverser la tour de vaine gloire et de curiosité élevée par mon orgueil » . Le jour de sa conversion, Gertrude avait vingtsix ans, Claude en avait vingt-neuf, Claude tendait la main à travers sept siècles à cette

sœur de son âme pour repasser, avec elle, par le même chemin.

Loyale envers la vérité comme envers ellemême, Claude avait traversé la période oppressante de la résolution à l’action en suivant avec la docilité d’un enfant les conseils du prêtre. Elle avait fait, d’elle à Dieu, tous les pas en son pouvoir, par la prière, la perfection qu’elle essayait de mettre à chaque acte, la lutte contre sa hauteur naturelle, le grand obstacle! Et, n’ayant point encore les sentiments d’une croyante, elle n’avait point laissé d’en faire les actes...

Maintenant, elle disait : « demain... »

L’excès de l’émotion la plongeait dans une sorte de stupeur. Elle avait refait comme tous les jours les actes habituels, prenant part aux repas, aux conversations, mais si absente qu’elle croyait entendre sa propre voix venir de très loin comme assourdie. A présent, le fardeau du jour déposé, elle se retrouvait seule. Il pleuvait à verse. Des bourrasques de vent faisaient gicler les nappes d’eau

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