CHAPITRE XVII
savoir! Tu ne persévéreras pas. Tu seras la risée des autres... »
Abrham !... L’indicible douleur de ce nom !
Elle s’était assise, n’en pouvant plus, dans une des stalles de la chapelle. Tout le côté sensible était mort. Abrham lui semblait si loin et pourtant proche comme jamais.
Les mains jointes elle tentait de prier contre elle-même, en dépit d’elle-même, si accablée qu’elle se comparait au malheureux au bas de la montagne du Thabor que l’esprit de ténèbres jetait ici et là; celui dont lui parlait sœur Claire. Leur histoire était pareille; comme les apôtres, ceux à qui elle s’était adressée successivement ne l’avaient pas guérie. Et maintenant, devant son âme, elle murmurait comme le malheureux père au Seigneur qui descendait : « Les autres n’ont rien pu... Si tu peux quelque chose! Si tu peux quelque chose... »
Dans le cloître sonore, une heure sonna à la vieille horloge dont les poids se déroulaient avec un bruit de ferraille. Pen-
dant des siècles, à ce moment, les portes des cellules s’ouvraient et les moniales se hâtaient sans bruit vers la chapelle pour l’office de Matines. C’était le premier acte d’une journée où tout venait de Dieu et aboutissait à Dieu, d’une vie où tout reposait sur l’invisible. Tant de prières et tant de foi laissaient comme un arôme dans les cloîtres déserts. Claude, immobile pourtant, suivait les moniales à l’odeur de leurs parfums :
— Dens in adjutorium meum intende.
— Domine, ad adjuvandum me, festina.
A l’aide! Dieu, à l’aide, et toutes les forces saintes avec Lui ! Déjà elle se sentait fortifiée par sa résistance même; Il l’aidait, Il venait, celui qu’elle appelait. Elle se prosterna, à la place où, autrefois, était l’autel, comme on s’assied au foyer d’un ami absent pour se sentir près de lui. La lutte était finie. Elle était à bout de forces, mais comme un bon soldat elle avait résisté à l’ennemi... Sept siècles de prières, deux mille ans, l’Éternité l’entouraient. Et elle s’endormit dans