‹ Autels mortsChapitre 169 sur 177 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

l’église, comme un enfant bercé sur les genoux d’une aïeule, au rappel des vieilles mélodies Grégoriennes.

— Asseyez-vous, mademoiselle, souffla Gautrande.

Claude venait de prononcer chaque mot de son abjuration d’une voix ferme. Elle était résolue mais d’une insensibilité glacée. Tout à l’heure, sur le chemin, sous le ciel pâle que l’orage avait lavé, elle se demandait encore si elle ne s’enfuirait pas. Elle regardait sans les voir les arbres aux parures somptueuses secouant frileusement leurs branches; la pluie qui lave les pousses nouvelles emportait les feuilles caduques comme les larmes rafraîchissent un jeune visage et creusent encore un visage ravagé. En elle aussi, c’était la grande jonchée des feuilles

mortes. Elle n attendait rien. Elle ne désirait rien. Elle avançait, pourtant.

Dans ces dispositions d’anéantissement, elle avait signé, à la sacristie, l’acte d’abjuration. Le réduit obscur était encombré des objets du culte que l’on ne sortait qu’aux grands jours; fleurs sous globe, raisins et épis montés en bouquets, encensoir dédoré, ostensoir auquel il manquait des rayons, etc. . . Cette laideur endimanchée ajoutait à la détresse de son âme; et il y ajoutait aussi, cet enfant de chœur à l’aube trop courte, sanglé d’une ceinture rouge qui faisait saillir la blouse, jouant aux billes dans un coin...

Maintenant l’heure de la communion sonnait. Au dedans et au dehors, c’était un silence infini. Claude, anéantie, tremblait. Sur la parole de Gautrande, elle s’assit. Le prêtre se tourna vers elle, le ciboire dans les mains : « Mon enfant, voici, sous cette petite hostie, Celui que votre âme appelait sous d’autres noms, sans le voir ni l’atteindre jamais* grâce au Bapteme que votre mère, si

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