CHAPITRE II
perdus dans la moitié d’un étage, non pas seulement de visiteurs, mais d’intrus. Ce sont elles qui nous reçoivent. On a envie de leur demander pardon d’être là, et il y a toujours comme un reproche dans ce silence vivant.
« Oh! Abrham, que je me sens triste! Si vous voyiez, dans la pénombre, à travers les petits carreaux, cette neige qui commence à tomber; et ce vent, si vous l’entendiez courir le long des cloîtres comme un être toujours irrité! Je ne m’étonne pas qu’on croie aux revenants, ici! Vous avez le vent et la pluie, dans vos tranchées, mais quelque chose de grand vous porte; et avec l’âme que je vous connais, vous ne souffrez pas. Vous êtes un chef; c’est une telle force; et aussi de se sentir en danger! La confiance de vos hommes et leurs yeux tournés vers vous vous obligent
à la maîtrise de vous-même. Vous êtes en
avant. J’en tremble, et je vous aime si bien ainsi, pour la France et pour moi. Et Georges, il faut que nous l’aimions tant, aussi, exposé
comme il Test. Moi, je n’ai que l’envers des
choses : la sécurité au dehors, et le trouble au dedans. Je voudrais étendre devant vous ]
quelque palladium. Je deviens superstitieuse et peureuse. J’ai envie de vous recommander aux saintes moniales d’ici, s’il yen eut jamais; ou faire comme Gautrande qui me voue à la Vierge. Je sais bien que cela ne donne rien, que cela n’empêche rien... Que tout est lourd!... Tenez, voici des vers, puisque vous en voulez. Ils ne valent pas grand’chose. Mais c’est précisément mon âme, ce soir...
« Le ciel est lourd de flocons gris, A l’heure où descend l’ombre Les grands hêtres endoloris Dorment dans la pénombre.
«Mon âme tremble dans la nuit Comme une feuille morte.
J’ai froid. Est-ce la mort, sans bruit, Qui entr’ouvre ainsi ma porte?
c Son spectre rôde près d’ici Sous la neige qui tombe...
Souffrir sans trêve ni merci,
Souffrir jusqu’à la tombe !