CHAPITRE II
« J’ai peur, et ma chanson s’enfuit Dans le vent qui l’emporte...
Mon âme tremble dans la nuit Comme une feuille morte... »
« Pardon, Déchirez cela. Je serai plus forte demain... Mais peut-être vous m’aimerez mieux, faible comme je le suis, ce soir.
« Ciaude. »
— Mademoiselle Claude, voilà Monsieur!
Claude descendit en courant, et se trouva dans les bras de son père. Mlle de Lourmade l’embrassa à son tour avec une joie sincère. Et après les exclamations, les excuses, les explications inséparables de toute arrivée, ensemble ils pénétrèrent dans le cabinet de M. Harteveld, reprenant sous toutes ses faces l’unique sujet : la guerre. Qu’avait-elle vu?
Que savait-elle? Que disait-on à Reims? A Paris? Et Georges? Et Abrham? Une question n’attendait pas l’autre. Claude apportait peu d éléments nouveaux. Quelques détails inédits sur l’offensive de Champagne, sur la longue file des prisonniers de guerre qu’elle avait rencontrés, etc. En somme, les journaux que l’on recevait chaque jour à l’Abbaye suffisaient à tenir au courant. Mais les récits de Claude ne tarissaient pas sur les soldats, sur les chefs, ceux qu’elle avait reçus tout sanglants, couverts de boue, dans l’arrivée aux hôpitaux de première formation, si émouvante, toujours; et leurs mots simples,' leur entrain, leur silence dans les pansements douloureux, plus poignant que les plaintes; tout cela, elle le leur disait avec l’accent d’un témoin qui venait de vivre quinze mois à Reims, sous la rafale des obus. Et ce qu’elle taisait, c’était son travail personnel, le jour et la nuit, jusqu’à l’épuisement, avec son amie, sœur Claire, près de cette admirable sœur des Garets que l’on venait de décorer;