‹ Autels mortsChapitre 20 sur 177 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

— Et la cathédrale ? demanda M. Harteveld avec intérêt.

— Elle tient toujours. Les voûtes résistent. Nous allions la voir tant que nous pouvions, comme la plus chère des grands blessés. Maintenant on l’a revêtue de sacs de terre pour protéger les détails exquis : mais combien ont disparu! Quelle faute lourde, et que ces êtres d’un niveau inférieur, sans idéal, ne sentent pas !

Il la regarda avec orgueil. Elle lui ressemblait étonnamment. Elle avait pris de lui la haute taille, le large front et le port royal de la tête que la ligne pure du cou accentuait. Elle avait ses yeux changeants, de lumière ou d’ombre, suivant la pensée qui s’y reflétait. Mais chez lui, les cheveux blonds étaient devenus blancs ; la courbe dédaigneuse des lèvres s’était détendue, et une expression d’indulgence souriante lui donnait un attrait à part. Il avait plus de charme. Elle avait plus de force. Leurs goûts se confondaient. Elle retrouvait avec plaisir sa mise soignée jusque

dans les moindres détails : sa cravate blanche et ses cheveux ramenés en boucle sur le front : à la façon de Chateaubriand, qu’il copiait; et il souriait à son allure de distinction suprême ; la blouse simple, le petit col de batiste; les bandeaux relevés à la manière des statues grecques. Cependant quelque chose de froid et de tourmenté gâtait l’harmonie des traits.

Et Claude, décidément, ne devait paraître belle qu’à ceux qui l’aimaient. Peu lui importait, du reste. Elle n’en avait nul souci.

Mlle de Lourmade s’était éclipsée pour que sa réputation de maîtresse de maison ne souffrit pas trop du dîner improvisé. Claude et son père avaient rapproché leurs fauteuils et causaient plus intimement au coin du feu :

— Et Abrham? demanda-t-il.

— Toujours le meme, père, admirable! J C’est une sorte de saint. Il m’étonne, mais il est si intéressant à suivre! Je me représente quelquefois François d’Assise comme lui, mais un François d’Assise sur un autre plan de pensées, sans ciel à désirer, ni enfer à

Page 1