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CHAPITRE PREMIER

Tout en parlant, ils franchissaient la barrière et contournaient la petite gare.

— Tiens, Bousquet est là. Si l’on tardait trop, il pourrait vous mener, observa le chef de gare.

— Certainement. Je ne l’avais pas vu.

C’est tout simple.

Claude se dirigea vers le courrier, sorte de véhicule bizarre, à caisse jaune, pas plus large qu’un coupé, monté très haut sur roues. Le conducteur, apercevant la jeune fille, s’avança joyeux à sa rencontre. Elle lui tendit la main.

— Et comme ça, vous arrivez sans prévenir, mademoiselle Claude?

— Il y a eu un malentendu, évidemment, mon brave Bousquet. Vous pourrez me conduire à l’Abbaye?

— Oui. Justement vous êtes seule, avec quatre paires de poulets que je porte à Vialla. Je les mettrai sur le devant, avec moi, et aussi ces fromages de Roquefort, que je me rappelle que vous craignez l’odeur. Je vais vous arranger ça.

Claude eut une minute d’hésitation devant la voiture innommable. Du crin sortait de la banquette; la paille qui devait garantir les pieds du froid n’avait pas été renouvelée de longtemps, pas plus que l’air méphitique qui se dégageait par la portière ouverte.

— Faisons le contraire, Bousquet, dit-elle. Mettez tous vos colis à l’intérieur et je monterai sur le devant avec vous.

— Il fait frisquet, observa Bousquet. Mais, si c’est votre idée, je vais vous mettre la couverture.

Mlle Harteveld, debout à quelques pas de la voiture, regardait les montagnes dénudées qui lui faisaient face et la vallée familière qu’elle avait parcourue si souvent. Les prairies descendaient en longue pente vers la rivière, voilée, en ces premiers jours de novembre, par une double rangée de peupliers d’un jaune d’or; les champs maigres se délimitaient par des haies aux baies rouges; et, là-bas, des ondulations fuyaient, d’un bleu éteint. La terre semblait déserte. Ici et là, à

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