‹ Autels mortsChapitre 21 sur 177 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

craindre. Si vous le voyiez avec ses hommes, laissant son cheval pour marcher avec eux dans le froid, dans la neige, portant le sac des plus fatigués!...

Une légère rougeur avait envahi le visage pensif; les yeux de Claude regardaient au loin. M. Harteveld sourit avec tendresse.

— C’est bien ce que je rêvais pour toi, mon enfant; la qualité de cette âme assure la qualité de son amour... C’est un sentiment très rare, exquis.

— C’est si bon d’être aimée par lui, père, dit-elle lentement. J’ai toujours envie de plaindre les autres femmes...

Il y eut un long silence. Des braises s’écroulèrent dans l’âtre ; M. Harteveld, penché vers le feu, tisonnait.

— Qu’il fait chaud, ici, reprit-elle. C’est le seul endroit un peu intime de la maison.

— Ce sont les livres qui donnent cette impression de bien-être. N’as-tu pas remarqué que dans une bibliothèque on a moins froid qu’ailleurs?

— Les livres, et vous, et tout.

En effet, le cabinet était charmant. Une restauration intelligente des derniers propriétaires en avait fait une retraite qu’un philosophe eût aimée. Boisé à mi-hauteur, plein de livres, un grand meuble de sacristie, enclavé dans le mur en demi-cercle occupait 1 un des panneaux; des sièges simples et commodes invitaient au repos studieux; une porte donnait sur la longue terrasse. Le feu, qui seul éclairait la pièce en ce moment, flambait dans une haute cheminée; et face à la porte vitrée, Marguerite III de Montpezat, sa croix abbatiale entre les doigts, laissait tomber un sourire et un regard éternellement étonnés sur ces protestants installés chez elle.

Et Georges? demanda M. Harteveld, après un silence.

Mais le pas menu de Mlle de Lourmade trottait dans 1 escalier. M. Harteveld mit un doigt sur ses lèvres.

Emmanuel, dit la vieille demoiselle au seuil de la porte, le maréchal ferrant retourne

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