‹ Autels mortsChapitre 22 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La semaine suivante, la pluie retint les hôtes de l’Abbaye à l’intérieur. Il faisait sombre. Une humidité pénétrante s’infiltrait partout. Les grands feux réchauffaient les entours du foyer, sans atteindre l’extrémité des vastes pièces où le vent passait par toutes les fissures des fenêtres et des portes mal jointes. Claude cherchait à secouer le malaise qui l’étreignait par un emploi très serré de son temps. Dès le début, elle avait repris ses habitudes régulières, ses matinées bien à elle pour les études, la correspondance, la musique. De son côté, Mlle de Lourmade n’avait pas trop de la moitié de la journée pour l’inspection de la ferme et l’ordre méticuleux de

la maison; on déjeunait à onze heures et demie; et la longueur morne de l’après-midi pluvieux d’automne s’étendait. Quelquefois, lorsque vers les deux ou trois heures, Claude rejoignait Mlle de Lourmade dans le salon, ■ où, inlassablement, on confectionnait des vêtements et des tricots pour les soldats, une détresse envahissait la jeune fille, à la pensée de ces longs tête-à-tête avec sa tante. Elle regardait les carreaux verdâtres ruisselants de pluie, secoués par le vent, auprès desquels il fallait se mettre, cependant, pour y voir. Elle regardait, en face, dans la haute cheminée, le feu qui rougeoyait, sans la gaîté légère des ! flammes, parce qu’aucune main ne l’attisait; et au milieu de la pièce, penché sur la table, le profil aigu de Mlle de Lourmade. Et Claude sentait un ennui mortel lui noyer le cœur.

La vieille demoiselle coupait et assemblait les étoffes, les lèvres serrés, l’esprit tendu, les gestes précis tant qu’une lueur de jour arrivait jusqu’à elle; puis elle venait s’asseoir auprès de sa nièce qu’elle aimait à sa manière.

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