‹ Autels mortsChapitre 23 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qu’elle redoutait et qu’elle plaignait. Jamais deux êtres plus dissemblables n’avaient vécu sous le même toit. Toute entente demeurait impossible entre le dogmatisme étroit de l’une et le libre esprit de l’autre. Malgré leur bonne volonté réciproque, malgré le parti pris de se maintenir dans les sujets généraux, la guerre, les articles de revues ou de journaux, ce n’était jamais qu’une trêve entre deux conflits. Ces conflits éclataient à tout coup, pour les raisons les plus futiles, pour des riens, marquant la dissemblance de leurs natures, comme il suffit d’une poignée de graviers pour indiquer la profondeur d’un précipice*. Un seul point charmait Claude : l’ordre et la netteté que la vieille personne entretenait partout dans la maison; la jeune fille cherchait toutes les occasions de l’en féliciter :

— Êtes-vous bien chez vous? lui demandait fréquemment Mlle Coralie.

— Trop bien, ma tante. Je m’inquiète de la peine que vous prenez. Je ne parviens pas

à comprendre comment vous pouvez inculquer cette exactitude et cet ordre à des têtes aveyronnaises.

— C’est une habitude à prendre, répondait Mlle de Lourmade, flattée. L’ordre des pensées amène celui des actions. II faut prévoir, et apprendre aux serviteurs à réfléchir. Tout est là. Gautrande est une grosse travailleuse, mais elle ne voit jamais un objet hors de sa place, ou malpropre.

— Ne pourrais-je vous aider à rien ?

— Le pli est pris, mon enfant, cela va tout seul, je vous assure.

— Je ne puis cependant pas accepter d’être ici en invitée, protestait obligeamment Claude, et vous laisser tout le souci, toute la peine. Je ferai ma chambre avec Gautrande.

— Ta mère faisait ainsi, observait M. Harteveld qui entrait par hasard, et elle s’occupait aussi des fleurs.

— Des fleurs ?

Oui, c’était vrai. Il n’y en avait nulle part dans la maison. Cette rectitude était sans

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