‹ Autels mortsChapitre 24 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

grâce. Claude, qui préférait les regarder au dehors, ne s’en apercevait pas. La vieille demoiselle estimait que c’était du temps perdu.

— Savez-vous où est Gautrande? Je la cherche pour avoir du bois.

— Ne la cherchez pas, mon ami. Louisou doit vous le monter. Cette fille est folle. Elle est allée encore chez son curé pour se faire dire des messes. Tout son argent y passe...

— Elle pourrait l’employer plus mal, observa Claude.

— Jamais plus mal qu’à ce trafic des choses sacrées, je suppose?

— Il n’y a pas de trafic. Il faut bien faire vivre ces pauvres prêtres. Et c’est l’Écriture qui dit que le prêtre doit vivre de l’autel. Que voulez-vous que fasse un homme, sans ressources personnelles, avec neuf cents francs par an? remarqua M. Harteveld en s’éloignant.

— Nos pasteurs font-ils cela? demanda fièrement la vieille personne.

— Ils sont riches, ma tante, rectifia Claude; vous ne pouvez pas accuser d’intérêt ou d’avarice un homme qui donne à ses paroissiens jusqu’à ses souliers.

— Aussi ce n’est pas ce vieillard que j’accuse; je le vénère plutôt... Ce sont les moeurs corrompues de cette Église.

— Oh! ma tante, jeta Claude avec impatience, faisons au moins quelques pas depuis Luther.

— Vous en faites trop dans le sens de ces gens-là, ma petite, grommela Mlle Coralie.

Car la vieille demoiselle ne vivait que d’une marotte : la haine de Rome. Les détours les plus inattendus la ramenaient à cette question vitale, surtout depuis que la conversion de Georges, son neveu préféré, avait brisé tous ses espoirs. Sans aucun tact elle revenait sur ce sujet que la sensibilité délicate de Claude tâchait sans cesse d’éviter. La jeune fille se taisait quelquefois, par respect et par reconnaissance; mais peu endurante par nature, très entière, elle ne retenait pas, le plus

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