‹ Autels mortsChapitre 25 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

souvent, les traits cinglants dont l’amertume lui restait ensuite comme un remords. Pour Mlle de Lourmade, son esprit batailleur se complaisait à ces discussions qu’elle soutenait d’une voix aigre, les lèvres pincées, une lueur de malice passant à travers les verres de ses lunettes que, au moment critique, elle relevait sur son front. Après ces escarmouches, elle rentrait dans son repos, sans rancune contre ses contradicteurs. Elle offrait à Claude, avec insistance, les châtaignes que Gautrande ne manquait pas de monter vers les quatre heures; et elle s’étonnait de voir la jeune fille s’éclipser aussitôt, à la suite de la bonne femme :

— Je vais voir si le feu de mon père brûle bien.

L’opinion que Mlle Coralie avait d’ellemême contribuait à cette magnanimité ou à cette inconscience. Petite-fille des pasteurs du désert, elle gardait avec un soin jaloux tous les souvenirs de persécution transmis comme une tradition de famille; et elle gardait

aussi le dogmatisme farouche de Calvin sur la nature de'chue. De là sa pitié souveraine pour ses contradicteurs, « Ils ne sont pas justifiés », pensait-elle. Et elle rendait grâce à Dieu que, pour elle, après la justification dont sa conscience lui donnait le consolant témoignage, tout rapport avec les pécheurs lui devînt onéreux.

— Père, l’autre jour nous avions commencé à parler de Georges ?

— Oui, répondit M. Harteveld, se tournant vers la jeune fille qui s’était installée sur une chaisse basse contre la porte vitrée de la terrasse, un tricot dans les mains, penses-tu qu’il est heureux?

— Il semble heureux. Votre visite lui a fait un grand bien. Que vous avez été bon, père !, , .

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