‹ Autels mortsChapitre 29 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

des paroles de Christ? Et décider s’il y a un enfer, ou un ciel ? Et si vous admettez qu’elle dise oui, et que vous puissiez dire non, sur le même sujet, c’est qu’il n’y a pas de vérité objective? Si au contraire il y en a une, n’estil pas juste que Dieu veuille la défendre des fausses lumières des hommes? Pour moi, ii n’y a pas de vérité et nous nous en forgeons une, suivant nos tendances. C’est pour cela que Georges me fait pitié. Il s’est rendu esclave. Au fond, père, vos deux enfants sont les deux termes logiques du libre examen : le Catholicisme et la libre pensée.

— Oh! la libre pensée, dit le père indulgent, avec Dieu, Christ, la survivance de l’âme.. .

— Cela, oui... Je crois que je retrouverai maman. J’ai un tel besoin de le croire!

— Tu vois que nous sommes pétris de contradictions...

— Heureusement. Il y a des moments où je dirais plus volontiers...

— Quoi donc?...

Avec son tact habituel, M. Harteveld n’insista pas.

— Comment t’arranges-tu avec Bonnier?

demanda-t-il presque gaîment.

— Il ne m’â pas interrogée. Il n’ose pas, je crois. Je l’ai vu si peu; et nous n’avions jamais fini de parler de la guerre, de ses hommes et de nous... Et ce qui est en moi, je ne peux pas y toucher, sans le faire à fond. Elle hésita : C’est une douleur, père.

— Mais tu ne sais rien à fond, mon enfant; et je te dirai avec nos Grecs : « Tu es trop jeune. Le temps dans sa marche emportera tes pensées, attends pour te constituer juge de si grandes choses... »

— J’ai vingt-sept ans, cependant, près de vingt-huit...

— Vingt-sept ans ! C’est un chiffre en effet dans la marche du monde. Il souriait; et elle s’étonnait que, avec lui, les dissentiments eux-mêmes eussent de la grâce.

— Tu as toujours les meilleures nouvelles de Bonnier, n’est-ce pas?

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