‹ Autels mortsChapitre 30 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

— Rien que de petites cartes. Mais il trouve moyen de s’y mettre tout entier. Elle ouvrit vivement le sac qui ne la quittait pas.

Voici la première :

« Pardonnez mon involontaire silence.

Depuis mon départ je n’ai vécu que d’une idée pareille à une obsession : ne pas manquer à la place où je devais être; et cette place une fois reconquise, en plein danger, je ne me suis plus appartenu. Je n’ai pas vu Georges. Chacun va son chemin! Mais c’est la voie droite. »

Et jeudi :

« Notre temps est si haché qu’écrire devient un problème insoluble. OuL La mort de Jean — c’est son ami d’Hotevers — et celle de Pierre m’ont crispé le cœur de douleur, mais m’ont donné aussi bien de l’orgueil. Là est le rêve de tout soldat : comme Jean. C’est pour moi ce que vous devriez demander

peut-être. J’entrevois un repos où, enfin, je vous écrirai longuement. »

Elle releva la tête et répondit au sourire de son père par un regard de tendresse,

— Gautrande passe à la poste pour me rapporter la lettre promise. Je vais au-devant d’elle.

— Malgré la pluie ?

— Oh! il ne pleut pas beaucoup.

Il la regarda s’éloigner sans cesser de sourire. Il jouissait merveilleusement de cette intelligence qu’il avait formée, ne s’inquiétant pas outre mesure d’une incroyance qu’il envisageait comme la conséquence logique de cet esprit tout d’une pièce. Il n’en mesurait peutêtre pas la profondeur. Et il comptait sur le mariage et la maternité pour clarifier ce vin généreux qui fermentait.

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