‹ Autels mortsChapitre 31 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ce ne fut pas ce soir-là, mais le lendemain, que Claude reçut la longue lettre attendue. Mais elle avait pris l’habitude d’aller audevant du facteur. L’un de ces jours, où du reste elle ne l’avait pas rencontré, elle se laissa surprendre par l'heure. Elle entendit, de loin, sonner le déjeuner; et, rentrant au plus vite, elle s’excusa auprès de Mlle Coralie et de M. Harteveld, qui l’attendaient, debout, dans la longue salle à manger où cinquante convives auraient tenu à l’aise. En dépliant sa serviette, Claude remarqua quels souvenirs éveillait cette cloche de l’Abbaye dans les échos d’alentour.

— Oui, approuva M. Harteveld. Nous avons gardé à cette maison sa régularité monastique.

— Dites que nous la lui avons donnée, riposta vivement Mlle Coralie. Parler de régularité dans ce lieu de désordres!

— De désordres? interrogea Claude, amusée de pousser sa tante. Ah ! oui. Vous voulez parler de cette Suzanne d’Aurelles qui s’enfuit avec son cousin, après avoir mis le feu au couvent? Mais, ma tante, elle n’était que novice et son ravisseur sauva toutes les nonnes.,.

— Pauvre victime! Je n’ose l’accuser, concéda Mlle Coralie avec pitié. Qu’elle voulût se marier, rien de plus naturel. Cela constitue ce que je pourrais appeler de l’ordre dans du désordre, une protestation contre une exécrable tyrannie,

— Ma tante, pour être franc, il faut en revenir au grand scandale du pays, à cette Lo'ise de Roquefeuil, qui jeta le froc aux orties et se fit calviniste, continua Claude imperturbable,

— Permettez, c’est peut-être la seule tête de bon sens de cette maison, lança Mlle Cora-

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