CHAPITRE III
lie piquée. N’oubliez pas que je dis qu’il y eut de vrais désordres. Cette abbaye dut être réformée deux fois,
— Deux fois en sept cents ans? C’est peu, répliqua Claude gravement. Et si vous vous souvenez des raisons : « du trop parler; des visites trop nombreuses », cela suppose une austérité de vie qui nous confondrait. Non. Les grands désordres viennent de vos deux protégées Suzanne et Loïse; en somme, elles suivaient l’exemple de votre Catherine Bora, lorsqu’elle se défroqua pour épouser Luther.
— Votre Catherine Bora! protesta Mlle de Lourmade indignée. Un des pionniers de l’émancipation ! Ignorez-vous que la ruine des couvents est une des meilleures œuvres de la Réforme ?
— En vérité, ma pauvre Coralie, observa M, Harteveld, conciliant, c’est une ironie du sort qui vous a confinée ici, ou plutôt un miracle de votre dévoûment à mes enfants.
— Oh! dit Mlle de Lourmade, modestement, j’aime ce site. Il convient à mes goûts
de retraite, à ma vie cachée en Dieu avec Christ. Mais hors de là tout me heurte, et jusqu’aux murailles : un nid d’obscurantisme, de superstition, d’intolérance!
— Pour l’intolérance... commença Claude avec un sourire.
— Mais oui, mon amie, poursuivit Mlle Coralie sans accorder, comme de coutume, aucune attention aux interruptions, et l’intolérance est demeurée l’âme de ce pays, ne vous y trompez pas. Ces gens-là sont polis, ils vous saluent tous; surtout ils recourent à vous dans leurs besoins; mais au fond du cœur, ils vous. craignent et se moquent de vous.
Claude écoutait, suivant des yeux, amusée, la mimique expressive de Gautrande qui, debout derrière Mlle de Lourmade, approuvait par des hochements de tête.
— ... Et ingrats! Nos arrière-cousins ont eu beau, bénévolement, servir une pension aux nonnes qui restaient, on ne leur en sait aucun gré. Ils demeurent des acquéreurs de biens