‹ Autels mortsChapitre 35 sur 177 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

Assise dans sa chambre, sur la chaise basse où se tenait le plus habituellement sa mère, Claude avait lu et relu la longue missive; et longtemps elle demeura les yeux fermés et les mains jointes, écoutant toujours, comme, assis au bord du rivage, on écoute sans se lasser la clameur infinie de la mer :

« ... Pardonnez-moi mes longs jours de silence. Si vous pouviez suivre ma vie, je suis sûr, sûr, que vous ne m’en voudriez pas une minute. J’ai tant à faire avec cette grosse unité (23o hommes) à faire vivre, et marcher, et travailler de jour et de nuit, à toutes les heures, surtout aux mauvaises, où il faut non seulement tenir soi-même de façon inébran-

labié, rien que pour l’exemple, mais encore suivre tous et chacun pour prévenir les défaillances, et garder intact le moral de sa troupe! Tour les mener, il faut leur appartenir. C’est un instinct que la guerre révèle. Je ne pourrais pas m’isoler d’eux, même par un sentiment qui ne serait pas à eux, quand le danger approche. Et je fais presque le pacte, non de ne pas penser à vous — c’est comme je respire — mais de ne pas me laisser aller à cette douceur infinie quand je leur demande un effort, ou quand la mort rôde si près d’eux... Ces moments sont relativement courts ; et je vous reviens, toujours plus joyeux, parce qu’il me semble que vous bénissez cette abnégation volontaire, que vous êtes toujours là, comme l’inspiratrice des pensées héroïques. Oh! Claude (pardonnezmoi de ne savoir au monde aucun nom aussi tendre que votre nom), que vous m’êtes chère, et quel enchantement vous faites de cette étrange vie! Moi qui suis timide et craintif, d’ordinaire, surtout lorsque vous me regar-

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