CHAPITRE IV
dez, et que je ne sais pas si vous riez, ou si vous écoutez gravement mes folies, ici, tout cela est aboli. Et tout ce qui est le dehors tombe. Je pense souvent au mot de Taine, aux orages qui emportent le terrain d’alluvion et laissent à nu le roc primitif; c’est cela. Tous les dehors, tout ce qui m’a effleuré n’existe plus. Vous existez seule. Il me semble que je vous ai plus aimée dans ces quelques jours que dans toute ma vie parce que je me suis enfin trouvé moi-même, et vous ; et je voudrais tout savoir de vous, tout connaître, jusqu’à une pensée, et votre vie présente et votre vie passée. Je vous ai suivie dans cette Abbaye que vous aimez; je salue les êtres qui vous entourent, visibles et invisibles; amie chère, laissez passer les abbesses folles, il faut toujours plaindre ceux qui ont manqué à leur idéal; et les autres, regardezles de loin! Dieu nous a préparé des sentiers plus doux; et les histoires de Gautrande quand vous étiez toute petite, me sont plus chères que toutes les chartes de l’Abbaye...
Demandez-lui-en beaucoup, et racontez-lesmoi! J’ai si grand peur de ce silence et de cette inaction au sortir de votre admirable service. Il faut vous remettre; et puis, est-ce que j’ose vous demander de me donner tout ce que vous pourrez de votre temps? Je voudrais savoir votre amour des Grecs, et comment vous êtes venue à Kant? Oh! chère, que cela est cruel ! Harnack qui vient de justifier si honteusement la violation de la Belgique était mon unique maître ; Kant était le vôtre : nous voyons ce que deviennent chez ces êtres d’orgueil et de proie les lumières individuelles tant vantées ! Quel impératif catégorique mène ces consciences de Barbares? Que nous avons été aveugles! Ensemble nous assistons à la chute de nos dieux aux pieds d’argile; mais nous avons d’autres autels que ces autels morts, n’est-ce pas? C’est en riant, et pour scandaliser sœur Claire que vous m’appeliez mystique et que vous vous disiez incroyante? Je souffrirais tant de nos différences! Mais écoutez bien :