CHAPITRE IV
passé. Merci pour l’avenir bienheureux. Peutêtre vous aimez ces paroles austères, celles qu’on ne dit pas deux fois? Je m’attarde... Je ne peux pas finir... Mais les obus recommencent à tomber, et toute lettre peut être un testament... Adieu.. Il me faut garder la force et la volonté de m’offrir.. . de nous offrir!
« Abrham Bonnier. »
Lorsqu’elle eut écouté longtemps l’appel infini de cette âme, Claude répondit :
« Il faut donc tout vous dire? Tout? Le présent, le passé, le plus lointain passé, quand j’étais toute petite ? Que vous êtes difficile, et que vous êtes charmant de vouloir cela! Il faudrait commencer comme dans les très
vieux contes : « Il y avait une fois... » Mais ce n’était pas autrefois, c’est maintenant la belle histoire des prouesses, et des bois : enchantés, et de cet oiseau bleu qu’on appelle, et qui vient et qui a toujours l’air de s’enfuir.
Je tiens dans mes doigts l’oiseau encore tremblant : vous êtes venu... C’est ici que le beau conte commence. Mais avant de vous parler de moi, laissez-moi vous remercier, tant, de vos lettres. Avec quelle émotion je les lis! Votre tendresse vous trompe : vous seriez brave sans moi; mais vous m’associez aux beaux actes de votre vie. Merci. Il me semble que tous les deux, ainsi nous soutenant l’un l’autre pour mieux servir, nous répétons le geste sacré de tous les aïeux au-devant du foyer menacé, et ma vie, si pauvre, me pèse moins à cause de la vôtre. Que cette belle foi que vous avez en moi me pénètre! Suis-je celle qui ne trompe pas? Oui, je le crois. Je peux vous promettre que je serai cela, toujours, même si cette droiture devait vous être cruelle; et si vous êtes fier de penser que je