‹ Autels mortsChapitre 39 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

vous estime assez pour cela, c’est mon orgueil que vous m’aimiez pour moi-même, telle que je suis, et non pas dans une perfection imaginaire. « Parce que c’est lui, parce que c’est « moi », n’est-ce pas?

« Il est donc entendu que nous serons très haut, très loin de l’air mortel d’en bas, comme vous le voulez... Mais tous les dangers viennent-ils d’en bas? Les vents qui dévastent? Et les orages? Et les tempêtes? Mon ami, prenez garde! C’est pour gagner le plein ciel que l’oiseau bleu s’envole. Et qu’est-ce que j’aurai au monde, si, un jour, je ne vous ai plus?... Je ris... Est-ce que je ris?

« Revenons bien loin en arrière, quand j’avais six ans. On pourrait appeler l’histoire que vous me demandez l’Histoire de celle qui cherche toujours. Mon père me parle quelquefois de conversations, à table, qui désolaient maman; et je m’en souviens très bien. Ces conversations entre pasteurs de nuances diverses, que mon père réunissait, se renouvelèrent et continuèrent bien après la mort de

ma mère. On ne se souciait pas davantage de l’enfant silencieux qui était là. J’écoutais, et je m’étonnais. Quand Georges vint à son tour s’asseoir à la table familiale, ce fut bien autre chose. Je comparais tout bas les discussions de ces messieurs à la confusion des langues, et à l’histoire de Babel que j’étudiais alors. Georges, lui, ne crut jamais à Babel. Mais il s’intéressait prodigieusement aux objections des plus avancés de ces hommes instruits. On nous mit au lycée, tous les deux. L’enseignement dogmatique fort rudimentaire, et pour cause, que nous donnait tante Coralie, n’effleura pas un instant nos esprits. Nous riions de tout. Lorsqu’il fut question de nous mener à la Cène, Georges répondit au pasteur, intéressé mais effrayé, qu’il n’avait pas encore choisi son interprétation des paroles de saint Paul : Du pain ? Un mémorial? Le Christ? Chacun des amis de mon père avait sa théorie. Tout cela nous ennuyait. Il fallait nous traîner au Temple. Je ne puis pas dire que j’aie perdu la foi.

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