CHAPITRE VI
de joie!... Et que vous aviez raison, même de me demander ces vieilles histoires qui me délivrent du tête-à-tête prolongé avec ma tante Coralie! N’en disons point de mal. Elle est bonne. Vos remerciements la charment. Grâce à elle vous recevrez, pour Noël, un paquet sérieux! Ma part y est bien petite; mais suivant votre désir, chacun de vos hommes aura une surprise. Je me suis chargée de la vôtre.
« Je reprends. Malgré ma joie intense, mon arrivée en Grèce ne fut ni un enthousiasme, ni un saisissement. Je passai un long temps sans m’éprendre de cette beauté trop parfaite, ou peut-être, elle pénétrait en moi, à mon insu,àlamanièresubtile del’espritgrec... Ce fut en lisant Platon que je compris...
« Mon père entre avec une dépêche du général C... : « Le pauvre petit Charles Arvers — ■ Lolo! — est tué... » Nous pensons à sa mère. Nous nous représentons sa douleur; et tant d'autres souffrent ou souffriront ainsi... tant d’autres!
« Mon ami, je ne peux pas continuer ou du moins, je ne peux pas vous envoyer ces longs détails sur mon rêve grec.. Je vous les ai sagement écrits, pourtant; mais je les jette au fond d’un tiroir.
« La bataille fait rage de votre côté. Est-ce que nous pouvons nous attarder à ces choses? Elles semblent factices devant la réalité poignante, et si loin, si loin de moi!...
« Je vous réserve ces pages; nous les lirons quand la paix sera signée. Vous souvenezvous de la tunique grecque que je portais quand je vous vis d’abord ? Gardons ce souvenir de tendresse, le seul vrai, je crois, dans ce temps léger. Gardons aussi, et surtout, cette recherche inutile d’une vérité que je n’ai jamais pu atteindre. Les vers que je fis alors vous diront le reste... Que vous êtes exposés, Georges et vous !