CHAPITRE IV
Un nimbe de lumière entourait la déesse. Longuement j'ai crié vers elle en ma détresse :
« J'ai soif, vers mon esprit, divine, incline-toi.
« Sur tes trépieds fumants meurent les violettes.
« Vois-tu, j’ai ceint mon front de blanches bandelettes « Et lavé mon péplos dans l'eau du Kronos d'or.
« J'ai paré ta statue, o fille du Kronide,
« De l'olivier d’argent, du narcisse candide « Et du muguet tremblant à peine éclos encor.
« Quel mortel a scruté tes pensées insondables?
« Les flots de l'Hellespont sont moins impénétrables « Que le sombre saphir de ton regard songeur.
« Un serpent infernal nuit et jour me dévore.
« O sagesse de Zeus, Athéné-Niképhore « Vois, la noire Érynnie a dévasté mon cœur.
« J’ai cherché l’Etre Unique en la nuit de mon âme; « J’ai trempé tes autels de mes larmes de flamme,
« O Virginale « Idée », immortelle Pallas...
« De ses ongles de fer la douleur me déchire t Et mon esprit se tord dans ce sanglant martyre,
« Frappé dans son orgueil tel le fol Marsyas.
« Ne pourrai-je jamais vaincre ce crépuscule,
« Ou tuer cet amour qui me ronge et me brûle,
« Pour un maître inconnu, Fort, Éternel et Beau?
« La science de l'homme est-elle donc ténèbre?
« Et du sein maternel jusqu’aux rives de l’Èbre « Sera-t-il un aveugle et son corps un tombeau?... »
Le divin Latonide, en son grand char de braise, Baignait de ses rayons la lointaine falaise...
En des torrents de feu mon hymne s’est perdu...
Mais sur son piédestal, debout, la Vierge attique, Impassible et sereine en son ivoire antique A mes sanglots cruels n’avait pas répondu...
« Voilà le cri de mes vingt ans! Je le voudrais non pas autre, peut-être, mais plus simple. Il y a plus de vérité et de beauté dans la vie que vous menez sans phrase. Quel effet vous feront ces vers, là-bas, dans la réalité vigoureuse que vous vivez? J’ai besoin de penser à vos hommes, et aux histoires d’enfants qu’ils demandent : et à ce propos, je vous envoie pour eux tous mes vieux livres.
« Lisez cela, vous aussi, comme quelque conte ancien. Il me semble que ce n’est plus moi... Le vrai moi que je sens, c’est toute cette année, sous ma blouse d’infirmière, un coeur qui se fondait de pitié... ou maintenant, en pensant à vous, un cœur qui aurait un tel besoin de paix !
« Claude. »