CHAPITRE V
le dit, et c’est la vérité. Tu es sa force. Dans la mesure où j’analyse cette nature frémissante, timide, les alertes, les ébranlements constants du dehors, ne serait-ce même que le fracas horrible qui exaspère le système nerveux, tout cela doit l’éprouver plus qu’un autre. Le défaut de cette nature délicate — si elle a un défaut — est le besoin d’être appuyé, soutenu. Et tu fais cela; il te sent près de lui comme tu rêverais d’y être. Tu lui rends les beaux gestes faciles. Tu l’encourages à la plus haute façon de servir. Tel que je le connais, il est heureux autant qu’il est possible, d’accord avec la plus noble portion de lui-même et avec ton âme, son unique tendresse. Quelles gerbes magnifiques vous recueillez pour la vie, mes enfants !
— Oh! qu’il me soit gardé!...
Ils avaient dépassé l’Abbaye de bien loin. La terre humide était comme feutrée par les feuilles mortes, et leurs pas ne faisaient aucun bruit.
— C’est vrai, père, qu’il est timide, poursuivait-elle. Son caractère se transforme quand il écrit. C’est seulement maintenant qu’il ose me poser une question sur ma foi.
— Ce n’est pas étonnant! Tu pourrais amener tant de souffrances par un mot imprudent! Tu sais son désir d’être pasteur?
— Il ne l’a pas toujours eu?. ..C’est un si admirable soldat!
— Il a voulu d’abord préparer Saint-Cyr, et tu vois, en effet, quelle belle vocation de chef il avait. Une pleurésie l’a retenu. Il a transformé son rêve. Comme nos grands pasteurs anciens, il étendra le règne de Christ par la charité.
— Mais, père, quelle est sa foi?
— Je ne sais pas au juste. Il a suivi les cours très avancés d’Harnack : tu vois qu’il y fait une allusion. Mais il parle de Christ comme Jean ou Paul pourraient le faire.
— Que c’est douloureux, père, interrompitelle. Je puis dire que je pensais absolument ce qu’il m’écrit. Nous avons cherché nos