‹ Autels mortsChapitre 47 sur 177 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

baye. Ils avançaient maintenant dans une gorge sauvage, sans une habitation, sans un être humain. Claude reprit :

Pour en revenir à lui, j’ai beaucoup

réfléchi, j’ai assez de temps pour cela. Il n’est pas un enfant; il sait bien que, s il prêche une vérité, il risque d’être démenti dans le temple voisin, ou, comme ici, dans le même temple, puisque nous donnons le plaisant spectacle d’un ministre qui affirme la divinité de Jésus-Christ, un dimanche, et d’un autre qui la nie, dans la même chaire, le dimanche suivant. Pourquoi voudrait-il m’imposer ses pensées, même, ce qui à mon sens est une erreur, s’il persiste à se faire pasteur? Je ne contrarierai aucun credo. Cela suffit. Que lui faut-il de plus?

Pourquoi voudrait-il ? Mais ne sens-tu

pas que le plus léger dissentiment, dans des choses aussi graves, peut le blesser? Les autres, peu importe, mais toi!

— Cependant, père, s'il n’a pas la foi ?

— Dis sa croyance, ses aspirations, ce que

tu voudras, cette part qui, en tout homme, est sacrée. En définitive, il se consacre à répandre les paroles et la morale de Christ pour rendre ses frères meilleurs. Ne sens-tu pas qu’un désaccord avec toi, une froideur, une ironie, l’atteindrait cruellement? Il est vrai qu’il ne peut pas y avoir de désaccord. Le Christ, sous une forme ou sous une autre, est le Maître universel. Et tout se ramène là...

— Mais mon premier maître, c’est moimême, » rectifia Claude de son accent net. « Le Christ n’intervient que dans la mesure ou je le juge bon. C’est le seul gain — ou le seul maléfice — que je conserve de l’Allemagne. Et je ne puis pas parler autrement que je ne pense.

— J’espère pourtant avoir assez bien formé ta conscience, dit M. Harteveld, pour que tu comprennes vis-à-vis des autres, et d’Abrham surtout, la nécessité du respect et du silence.

— Du respect, oui, père, de tout mon

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